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Critico-Blog

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Recommandé par des Influenceurs
Dimanche 11 octobre 2009
Sortie 1997

Rares sont ceux qui parviennent à faire de la série Z une forme d’art. Mais les Cramps ne sont pas n’importe qui : les Ed Wood du Rockabilly, les Roger Corman du Garage. En bref, une certaine maîtrise du sujet quand il s’agit de composer sur des mouches mutantes, des ados loup-garous ou des zombies danseurs. La mort au début de cette année de Lux Interior, tête (mal-)pensante du combo original de Sacramento marque un triste coup d’arrêt aux 30 ans carrière des inventeurs du Psychobilly, qui continuaient régulièrement à sortir, depuis leurs deux disques fondateurs Songs the Lord Taught Us et Psychedelic Jungle, des albums fort ludiques à défaut d’être toujours franchement géniaux. Pourtant, en laissant traîner une oreille distraite sur ce Big Beat From Badsville daté de 1997 (leur avant-dernier effort), difficile de ne pas rapidement se laisser captiver par des compositions au cordeau et une énergie inaltérée. On ne peut pas dire que les Cramps réinventent leur style, mais là où leur rockab’ devenait parfois poussif sur les albums de la fin des années 80 et du début des années 90 (Flamejob…), la production franchement acérée de ce disque confère un sacré coup de jeune aux titres qui sonnent à nouveau comme des coups de cran d’arrêt dans un perfecto. Enregistré et mixé maison par un certain Earl Mankey, dont on imagine que la baraque doit se souvenir de quelques sessions bien sauvages, l’album est d’ailleurs produit par nuls autres que Lux Interior et son infernale moitié Poison Ivy. Le résultat est parfaitement agressif, dès le "Cramp Stomp" introductif toutes guitares en avant, la fuzz enveloppant le tout avec un rendu qui fait pourtant presque « propre ». Les titres, quant à eux, sont de petits joyaux d’épouvante kitsch qui reprennent les thèmes chers au groupe (du monstre, du nécrophile, de la maîtresse SM, de l’animal mutant psychotique en veux-tu en voilà…) dans un écrin de riffs méchants. Comble du vice, les Cramps récupèrent la fameuse Sheena Punk Rockeuse des Ramones pour lui faire intégrer cette fois une bande de vampires gothiques s’adonnant aux joies de l’exhumation ("Sheena's in a Goth Gang"). Pour ne rien gâcher, les lyrics au quatrième degré sont à faire fuir n’importe quel représentant de Familles de France dépourvu d’humour (pléonasme ?), et à marquer votre visage à vous d’un rictus vicelard en écoutant tout ça au casque dans la rue. Florilège, avec le lascif "Like a Bad Girl Should" (“Ooooh, You smell good… Ooooh, You taste good… Like a bad girl should!”) ou encore le délicieux "Queen of Pain" (“Queen of Pain, Queen of Pain, I’m bad and I know I’m to blame! Queen of Pain, Queen of Pain, These marks ‘ll be hard to explain!”). Et pour ravir définitivement ceux qui n’étaient pas encore convaincus, l’édition CD de 2001 contient en bonus quatre titres vraiment pas dégueulasses, dont en particulier une reprise des Embers (a priori), obscur groupe des 60’s pour le très tubesque "I Walked all Night". Et rien que parce qu’ils pouvaient dénicher des trucs pareils, les Cramps vont nous manquer…

Par NedLabs - Publié dans : Disques de passage - Communauté : Le Monde du Rock
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Lundi 3 août 2009

Sortie 2002

 

Mes bien chers Frères, mes bien chères Sœurs, non, ne perdez pas la foi ! Car je vous le dis, le Rock n’ Roll n’est jamais mort. Il revient même périodiquement sur Terre chercher les brebis égarées dans la grisaille sonique histoire de leur remettre une bonne claque derrière les oreilles, parce que faudrait pas se laisser aller, quoi, merde… Que faisiez-vous en 2002, hein ? Oui, d’accord, moi non plus je ne sais plus, mais je n’avais sûrement aucune raison valable de passer à côté de la déflagration sonique que je découvre avec bonheur depuis seulement quelques semaines, j’ai nommé les Flaming Sideburns. Brûlante formation finlandaise apparue à l’aube du nouveau millénaire dans le maelström de la mouvance Garage-Punk nordique, les Flaming Sideburns n’ont pondu à peu près que des albums géniaux dont je régale mes oreilles endolories ces derniers temps par trop de beats synthétiques. Et le bien nommé Save Rock n’Roll de 2002 est une pièce de choix de leur discographie. A cheval entre les facétieux Hives avec qui ils ont en commun le génie du riff accrocheur à deux balles, et les Hellacopters pour le côté bon vieux Rock à Papa, mais à 250 à l’heure, la furie des FS doit aussi beaucoup à leur hurleur en chef Eduardo Martinez. Un patronyme plus enclin à faire de vous un torero qu’un frontman, mais que voulez-vous, la tauromachie en Finlande, c’est pas trop ça, donc le bonhomme a bien du exprimer ses ardeurs dans un autre domaine d’activité. Le résultat est tout bonnement bluffant de spontanéité et de simplicité, de quoi rabâcher encore quelques décennies sur les sacrosaints trois accords. Mais ce qui fait la qualité du groupe, c’est l’agressivité de son son, tout droit venu du Detroit de la fin des 60’s. Les Flaming Sideburns ne s’en cachent pas, ils se veulent héritiers des Stooges et des MC5. Fuzz démentielle, riffs ultra-tranchants, hurlements, frappe de batterie bête et méchante. Martinez aboie des titres immédiatement inoubliables ("Street Survivor", "Blow the Roof", "Shake In", "Spanish Blood"), avec le charisme d’un Iggy ou d’un Jagger survolté, entrecoupés de quelques intermèdes juste pour souffler, pour terminer sur un "Testify" en clin d’œil au MC5. Alors c’est sûr, ces cinq là n’ont vraiment pas (ré-)inventé la poudre, mais rien que pour être parvenu à réhabiliter avec autant de naturel les costumes de scènes les plus improbables d’Iggy (vas-y que je te colle des paillettes sur le futal léopard moulant,  des semelles compensées et des tronches de tigres sur le perfecto), la fine dialectique des Ramones, le bonheur de pousser les potards à 11 et de boire trop de bière en faisant décrire à son corps un mouvement perpétuel d’oscillation verticale jusqu’à ce que vomi s’en suive, eh bien on ne peut que leur tirer notre chapeau. Et puis au moins on est sûr que s’ils sortent une anthologie, ils n’auront pas d’article dans les Inrockuptibles

 

 

 

Par NedLabs - Publié dans : Disques de passage - Communauté : Le Monde du Rock
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Samedi 18 avril 2009
Sortie 2006

Et pourquoi ne pas profiter de ce que l’on parle de Neil Young pour mentionner ce live au Fillmore East datant de la même année que After The Gold Rush, et qui s’avèrera parfaitement complémentaire dans la mesure où le groupe n’interprète aucune chanson de l’album… Ce concert constitue la première parution de la série des Performance Series Archives, délivrées régulièrement par Neil Young depuis 2006. Je vous avais parlé il y a un certain temps dans ces lignes du concert au Massey Hall de 1971, on est ici aux antipodes de l’ambiance intimiste et acoustique de ce dernier. Crazy Horse interprète essentiellement des titres issus de Everybody Knows This Is Nowhere qui sont à chaque fois prétextes à des jams noyées de saturation bien comme on les aime. Et même si les soli de dix minutes bourrés de feed-back ne sont pas le domaine dans lequel Neil Young excelle (quiconque a eu la chance de voir le bonhomme en concert récemment m’approuvera), il faut bien reconnaître que ça a quelque chose d’assez jouissif quand même… Alors c’est vrai, on est assez loin du raffinement de CSN&Y – écouter les backing vocals assez désopilantes de "Winterlong" et "Down by The River" – mais on assiste à des envolées parfois géniales. Un bon moment de rock bien rêche.

Par NedLabs - Publié dans : Live & Loud - Communauté : Le Monde du Rock
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Samedi 18 avril 2009
Sortie 1970

A l’heure où le grand Neil sort ce qui doit être son 34ème album solo, Fork in the Road, tout en continuant à éditer patiemment les performances live de ses jeunes années, pourquoi ne pas revenir un instant sur un des piliers de la prolixe œuvre Youngienne ? Allez, suivez moi… 1970, donc, soit un an après le déjà fabuleux Everybody Knows This Is Nowhere, Neil Young regroupe à nouveau son fidèle Crazy Horse pour sortir After the Gold Rush. S’adjoignant également pour l’occasion la voix de son compère Stephen Stills, oui, le S de CSN&Y, Neil Young se permet de mélanger allègrement les styles, sautant des ambiances acoustiques et des harmonies vocales à la CSN aux jams endiablées dégoulinantes de décibels, emmenées par la puissance électrique de Crazy Horse, quand il ne mixe pas tout simplement les deux dans un même titre. Et le résultat de ce grand écart périlleux est assez miraculeux : grâce à ces titres de génie que le Loner trimballe en permanence dans sa musette, After the Gold Rush va vite devenir une inépuisable mine de titres live pour le groupe, et un des tous meilleurs albums de la décennie 70’s pour Neil Young. Une collection de ballades folk irréprochables, dont la nostalgie prend à contrepied un certain idéalisme béat hippie : "Tell Me Why" en parfaite introduction, suivi du fragile "After The Gold Rush", et surtout l’éternel "Don’t Let It Bring You Down", le genre de titre qu’on ne peut composer qu’une fois dans sa vie… Et entre ces classiques parmi les classiques, de vrais démonstrations de force de Crazy Horse, avec ce son si particulier, qui n’hésite pas à faire péter les guitares crunchy par-dessus le piano de Jack Nitzsche (en bons nihilistes, dirais-je, hum…) dans le militant "Southern Man" ou "When You Dance, You Can Really Love". Des ambiances du Sud, sans pour autant être sudistes, parfois fortement marquées par The Band ("Only Love Can Break Your Heart", Cripple Creek Ferry"), bref, tout ça est bon comme un bon Western mélancolique, pour un peu on croirait presque apercevoir l’ami Neil se balançant nonchalamment sur son rocking chair, sous le porche de son Ranch adoré. Et si After The Gold Rush s’inscrit bien sûr au milieu de la sainte trilogie du début des 70’s entre Everybody Knows This Is Nowhere et Harvest, il reste celui qui emporte ma préférence, plus riche et abouti que son prédécesseur et moins lisse en terme de production que son petit frère…
Par NedLabs - Publié dans : Albums incontournables - Communauté : Le Monde du Rock
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Mercredi 18 mars 2009
Sortie 1987

Rares sont les groupes de rock qui ont su se préserver des gimmicks kitsch en traversant les 80’s, décennie maudite entre toutes pour les petits enfants de Chuck Berry. C’est vrai, quoi ! Mis à part les bulldozers rock n’rollesques qui continuaient à surfer sur la vaguer des années 70 (AC/DC, Slade…), la New Wave of British Heavy Metal émergeante et quelques inclassables barrés et  jamais à une incongruité près (Talking Heads, XTC…), la mode était aux couleurs dégueulis, aux tatatoums synthétiques et aux productions toutes plus atroces les unes que les autres. Et puis chez certains, on peut quand même trouver en grattant cette croute purulente de production de mauvais goût de sacrément bons moments de musique (The Smiths, Violent Femmes, certains bouts des Cure…). Mais s’il y a un disque qui, à lui seul, mérite que l’on réhabilite les années 80, c’est bien le Darklands de The Jesus & Mary Chain. Deux ans après la révélation Psychcandy, les Ecossais pondent en effet l’album de rock 80’s (oxymore) parfait. Alors pourquoi Darklands ? Eh bien, puisque l’on a souvent comparé J&MC au Velvet Underground, Darklands est un peu à Psychocandy ce que le troisième opus du Velvet (chroniqué récemment dans ces lignes) est à son grand frère White Light / White Heat. Un recueil de titres pop tordus, calmes et désespérés, en réponse à un album précédent qui s’apparente plus à un furieux bruit blanc de saturation. Deuxième album de la bande des frères Reid, Darklands est donc moins violent, moins froid et synthétique que son ainé, moins audible aujourd’hui. Ici, si les échos dans le son de batterie rappellent immanquablement que nous sommes en 1987, tout le reste nous transporte dans cette dimension intemporelle et vibrante de bonnes guitares commune à ce que le rock a connu de meilleur depuis sa genèse. Les arpèges de "Darklands" ou "Deep One Perfect Morning" qui se muent en murs d’accords à la fois violents et subtils, pour créer des chansons pop aigres-douces parfaites. Les refrains catchy des hits immédiats "Happy When It Rains" ou "April Skies". L’immortel "Nine Million Rainy Days", ou encore "On The Wall", parfaites chansons de désespoir. Pourtant, l’album dans son ensemble prend des teintes d’un rayon de soleil après l’averse, avec ses mélodies mi-enjouées mi-plombantes. Un album taillé pour Glasgow. Taillé pour d’ennuyeuses après-midi pluvieuses d’avril. Et surtout un point d’ancrage incontestable pour le renouveau du rock dans cette décennie difficile, et qui va affecter durablement les groupes qui suivront (la vague shoegazing en particulier dont My Bloody Valentine raflera tous les honneurs…). Encore aujourd’hui, on réalise facilement à l’écoute des opus suivants de J&MC (Automatic, Honey’s Dead) à quoi des groupes comme les excellents Black Rebel Motorcycle Club ont été nourris… Darklands ? La preuve par dix que le rock a continué à exister entre 1979 et l’instant où les Pixies l’ont réinventé en 1989. Incroyable, non?

Par NedLabs - Publié dans : Albums incontournables - Communauté : Le Monde du Rock
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Mardi 3 mars 2009

Sortie 2002


Il faut reconnaître que devenir un bon groupe pop, ça doit quand même être une sacrée galère. Autant n’importe quel boutonneux avec deux trois phalanges intactes et une coordination neuromusculaire pas trop foireuse peut aisément faire tourner un riff à trois notes que d’aucuns trouveront génial, nerveux, novateur (pourvu de trouver les trois bonne notes et dans le bon ordre), autant l’ambitieux musicos peut passer des heures à façonner des arpèges et travailler des harmonies vocales pour finir par pondre une bouillasse jugée insipide aux oreilles du plus grand nombre. Oui, il est toujours plus facile de conchier les honnêtes bricoleurs de mélodies pop, qui fort souvent se plantent, que de relativiser le talent des souillons prétendument géniaux qui torchent 8 titres saturés et disparaissent corps et âmes avec les dollars. Et c’est aussi ça le rock n’ roll. Seulement voilà, comme il y a une justice, The Coral existe. The Coral, c’est la pop avec la classe. C’est les petits gars insolents qui viennent relever les compteurs à l’heure où Oasis se ringardise, ou plus personne ne sait ce que c’est que Blur et où la pop c’est la musique qu’écoute ta sœur. Alignant depuis 2002 des albums jamais très loin de la perfection, le quintette de Hoylake s’impose d’entrée de jeu avec ce premier album éponyme remarquable. Remarquable car il évite tous les pièges habituels des albums pop : répétitions, recherche effrénée du refrain catchy au détriment de l’inventivité, remplissage, ballades larmoyantes, son monotone, j’en passe et des pires… qui ont affecté les meilleurs des Stereophonics à Belle & Sebastian. Non, The Coral fourmille de petites innovations, crépite, varie les rythmes, les styles, les ambiances, les instruments, le tout avec un talent égal. On y entend de drôles de chansons de marins ("Shadows Fall"), des envolées pop parfaites ("Dreaming Of You", "Goodbye") des vrilles psychédéliques qui tournent au dub ("Calendars & Clocks"), des ralentis nonchalants sans jamais être ennuyeux ("I Remember When", "Waiting For The Heartaches"), le tout servi par une voix comme on voudrait en entendre plus souvent, qui enjolive les morceaux au même titre que les autres instruments en rentrant dans les ambiances (écouter "Simon Diamond", ou comment ressusciter Syd Barrett en 2 minutes 30)… Et comme si ce n’était pas suffisant, les petits gars osent avec succès les harmonies vocales (les trois voix du menaçant "Spanish Main" qui ouvre l’album), ne conçoivent pas un titre sans une rupture rythmique et ignorent les lignes de basse binaires. De la vraie pop british, classe comme un vieux pub verni de noir, fraîche comme une pinte d’ale sous un timide soleil d’avril. C’est bien simple, The Coral, c’est comme si les Kinks revenaient pondre un Village Green à raison de un par an, de vrais façonneurs de mélodies (à l’instar des très bon I Am Kloot, la voix horripilante en moins). Alors, même si l’on n’a plus trop de nouvelles d’eux depuis l’excellent Roots & Echoes en date de 2007, The Coral fait définitivement partie de ces groupes qui auront sauvé la pop. Merci.

Par NedLabs - Publié dans : Disques de passage - Communauté : Le Monde du Rock
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Dimanche 22 février 2009
Sortie 1969

Bon d’accord, je l’admets, c’est un peu de mauvaise foi de faire figurer cet album dans ma liste des incontournables, en lieu et place de l’indispensable Peel Slowly & See (ou comme on voudra bien l’appeler). Mais pas totalement. D’abord parce que l’album à la banane toxique souffre à mon goût des incursions de Nico sur les platebandes de Lou Reed. Eh ouais. Autant les productions solo de la grande dame sont de petits chefs d’œuvre, le glacial Marble Index en premier lieu, autant quand elle déboule avec sa voix de walkyrie sur All Tomorrow’s Parties, on ne sait plus trop où on est. C’est comme si l’agacement de Lou Reed était tangible, lui qui veut comme il se doit pondre un disque noir, reflet de sa personnalité déviante, et qui se retrouve affublé de la nana du patron à qui il doit céder le micro et qui rend l’ensemble un peu trop tragicomique à son goût. Alors voilà, je vous parle de ce troisième album éponyme du Velvet Underground. Nico s’est fait lourder, puis c’est au tour de John Cale, éminence grise musicale de la bande. On n’est pas loin de l’ultime Loaded, point d’ancrage de la carrière solo de Lou Reed. On n’est pas loin non plus de la débâcle finale, oui, le Velvet sans Lou Reed et avec une équipe complète de remplaçants… Si le propos de cet album semble plus apaisé, il n’en est pas moins malsain que les précédents opus. Absolument dépourvu de hits, c’est un enchaînement de ballades planantes noyées dans de vilaines volutes opiacées ("Candy Says", "Jesus", "Pale Blue Eyes"), parsemé de saillies rock typiquement Loureediennes ("What Goes On", "Beginning To See The Light"). Mais attention, on a beau être en 1969, le Velvet est déjà à des années lumières de Woodstock, du Flower Power et des trips d’acide. Lou Reed interprète plus que jamais son rôle de misfit New-Yorkais ingérable qui crache son venin sur tout ce qui passe à sa portée, et transforme le temps d’une chanson tous ceux qui l’écoutent en junkies transsexuels allongés dans le caniveau, en pleine crise de manque. Déverse son poison dans des chansons en forme de vieilles seringues, évoquant dans des textes obscurs le mal être permanent, le sexe dans ses détours les plus étranges, les brumes des montées et la panique des descentes d’héroïne, le tout dans une parodie d’album pop au vitriol (noter les cœurs naïfs de Moe Tucker en décalage complet avec la voix décavée de Lou Reed). On se remémore à l’écoute de ces titres angoissants (parmi lesquels l’extraordinaire "The Murder Mystery" avec ses deux voix en stéréo) les entretiens surréalistes entre Lester Bangs et un Lou Reed avachi, incarnation suprême de la subversion sur tous les plans, patiemment occupé à détruire ce qu’il lui reste d’âme à grands coups de speed et de scotch :

« … une lampée de scotch est si petite qu’il faut la protéger comme si c’était un enfant ou je ne sais pas quoi. Je bois constamment. »
« Et quel effet ça a sur ton système nerveux ? » me suis-je enquis
« Ca le détruit ! », a-t-il répondu, rayonnant.

Et si le meilleur résumé de cet album était dans les paroles de Some Kinda Love : « Like a dirty French novel, Combines the absurd with the vulgar ». Et c’est surtout ça le Velvet, un délice sombre et poisseux.
Par NedLabs - Publié dans : Albums incontournables - Communauté : Le Monde du Rock
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Samedi 17 janvier 2009
Sortie 2001

Tout d’abord, chers amis, tous mes vœux pour cette nouvelle année… Mais attention, je vous avertis d’emblée : pas d’année 2009 réussie sans l’acquisition immédiate de ce chatoyant coffret de quatre disques sobrement intitulé Nuggets II : Original Artyfacts from the British Empire and Beyond, qui tient précisément du joyau. Les habitués auront bien entendu compris que cette compilation s’inscrit dans la lignée du Nuggets premier du nom (Original Artyfacts from the First Psychedelic Era) compilé en son temps par Lenny Kaye, le guitariste très geek du Patti Smith Group. Du Garage donc, ou du bon son Mod ou Psychedelia ou Freakbeat ou tout autre terme utilisé pompeusement pour désigner les mélodies juvéniles d’une décennie 60’s où les groupes à guitares et orgue Hammond fleurissaient comme une vilaine acné sur les joues d’un adolescent liverpudlien au mois d’avril. Sauf que contrairement à la compilation originelle qui se focalisait sur la scène américaine, ce deuxième objet s’intéresse au versant british de l’affaire, sans que ce soit restrictif puisque c’est tout le Commonwealth qui est représenté ici, et plus encore avec d’obscurs groupes d’Espagne, des Pays-Bas, ou encore d’Uruguay ou du Pérou (!). Bref, quatre disques bourrés raz-la-gueule de tubes en puissance, avec un son parfois improbable, mais interprétés avec une inventivité et un enthousiasme aussi évident que communicatif. On croise bien sûr dans le lot quelques pointures (Pretty Things, Small Faces, Van Morrison…), qui ne sont pas franchement les plus jouissifs, tant les innombrables oubliés bricolent des titres de génie. Il y a de tout. Des sous-Beatles frustrés, des parodies des Stones ou des Who vachement plus énervés. Des pseudo-Kinks ayant manifestement avalé trop d’acide. Des copieurs plus ou moins bien inspirés et compétents. Voire des incompétents notoires qui par un coup de bol pondent une chanson démentielle. En tous les cas, rien ou presque n’est à jeter. On fait des constats étonnants : les Open-Mind auraient manifestement pu être de bon Stooges ; les Mockingbirds sont indéniablement des orfèvres en matière de tubes pop ; les Easybeats ont eux aussi contribué à inventer le Punk; The Move est définitivement un groupe perché ; "All Night Stand" de The Thoughts est une très grande chanson ; The Slaves dépote autant que The Monks… 109 titres et presque autant de groupes, de quoi plonger quelques heures en plein cœur des sixties, époque bénie où toutes les mélodies font mouche, où les garages vibrent de rébellion électrique, où les concerts débordent d’énergie sexuelle, où les costards se portent brillants, si possible avec une bonne grosse tignasse qui tombe sur les yeux. De quoi rendre bien-tristoune l’ère post-Woodstock aux productions si bien léchées. Pour ne rien gâcher, le coffret comprend en plus de tous ces trésors un livret bien fourni avec témoignages, bio rapide de tous les groupes, le tout accompagné de photos kitsch à souhait… Le bonheur, quoi. Vous l’avez compris, si vous ne pouvez pas l’acheter, volez-le !
Par NedLabs - Publié dans : Disques de passage - Communauté : Le Monde du Rock
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Dimanche 21 décembre 2008
Sortie 2005

Aujourd’hui, apprenons à pourrir nos fêtes de fin d’années en compagnie de Earth… Eh oui, on sait ce que c’est, Noël approche, les rues se parent de guirlandes chatoyantes, les magasins ne désemplissent pas, partout des haut-parleurs diffusent des chansons de circonstance, pleines de grelots et de chœurs enfantins. Et vous, ça vous les brise violent tout ça. Alors, on ne saurait trop vous recommander en rentrant chez vous une petite dose de l’album Hex ; Or Printing in the Infernal Method, histoire de se relaxer dans ce rude contexte. Ce petit bijou paru en 2005 est en effet un concentré de noirceur anxiogène salvateur. Il faut dire qu’Earth a un sacré passif dans le domaine. Déjà OVNI au moment de sa formation en pleine explosion grunge, le groupe propulsait un espèce de Metal lourdissime, ralentissant les riffs jusqu’à ce qu’il n’en reste plus au final qu’un amas d’électricité compact et vrombissant – écouter leurs deux premiers opus jouissifs et déroutants parus chez Sub Pop. Au milieu de ces délires soniques, on trouvait quelques chansons assez fantastiques tant par leurs titres que musicalement ("Tibetan Quaaludes", "Teeth Of Lions Rule The Divine"…), avec une vilaine tendance et plonger l’auditeur dans un état de dépression profonde accompagnée de troubles paranoïaques. De la Downer Music, de la vraie. Rajoutez à ça que le cerveau du groupe, le riant Dylan Carlson est l’individu qui, selon la rumeur, a eu la bonne idée d’offrir un fusil à pompe à un Kurt Cobain qu’on imagine au sommet de sa forme morale début 1994, et vous pouvez vous imaginer à quoi peut ressembler la music de Earth. Bref, après quelques années d’errance, Carlson et ses sbires revinrent avec ce fantastique Hex (…), qui dégage toujours une ambiance aussi primesautière, et c’est peu de le dire. Comme à son habitude, Earth a opté pour le tout instrumental, mais a baissé la saturation et s’est emparé de quelques instruments traditionnels (banjo, trombone, percus…), plantant 45 minutes durant un décor de Western vaudou et complètement déglingué. Mais impossible de parler de ce disque sans mentionner aussi le livret qui l’accompagne et fait partie intégrante de l’œuvre : une dizaine de pages de photos sépia d’un autre siècle pour le moins angoissantes, portraits de personnages aux regards vides, paysages désolés, fosses communes… Plus qu’un disque, cet album est un objet maléfique, un de ces artefacts maudits et fascinants qu’il ne faut surtout pas posséder. C’est trois quart d’heure d’angoisse mal définie, de vague cauchemar, comme un vent glacial sur un sommet dégarni des Appalaches, et vous, vous êtes là, dans cette vieille baraque grinçante, mais si, vous savez, celle qui a été construite au dessus du vieux cimetière indien. Neuf titres trainants avec des moments de grâce absolue dans l’inquiétude ("The Felon Wind"). On ressort de cette expérience un peu sonné, on replace ce diamant noir dans son écrin que l’on cache dans un coin de sa discothèque, tremblant, sachant pertinemment qu’il reviendra nous hanter sous peu. Vous allez adorer les chants de Noël…

Par NedLabs - Publié dans : Disques de passage - Communauté : Le Monde du Rock
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Mardi 18 novembre 2008
Sortie Octobre 2008

Mes amis, je me sacrifie pour vous. Eh oui, j’ai beau ne pas être un champion de la régularité dans la publication de mes articles, mais quand même! Tenir un blog c’est un sacerdoce, qui nécessite un minimum de rigueur morale. Donc je m’y colle. Pourtant j’ai eu une journée de merde. Bref, en rentrant du boulot, vanné, je me sens soudain remplit du devoir de vous parler du dernier opus d’AC/DC. C'est-à-dire aussi, que, fidèle à mes habitudes, je me fane une nouvelle fois l’album en même temps que j’écris cette chronique. Et écouter Black Ice entre boulot et dodo sans passer par la case kro, c’est comme se taper une potée au chou en plein mois d’août aux Maldives. Une mauvaise potée au chou en plus, hein, parce qu’autant le dire tout de suite ce cru est loin d’être exceptionnel. Pourtant, personne n’attend plus grand chose d’énorme de la part de la bande des frères Young depuis Flick Off The Switch, malgré quelques sauvetages ponctuels grâce au don des Australiens pour les riffs ravageurs (notamment sur The Razor’s Edge, Ballbreaker et avec le virage Stiff Upper Lip). Mais là non. Il y a pourtant souvent de la bonne volonté sur ce disque. Phil Rudd et Cliff Williams font ce qu’ils savent faire le mieux : balancer sans faiblir le tapis de boogie habituel ("War Machine"). Brian Johnson est toujours en voix, et les frangins ont bossé quelques riffs et soli tranchants en hommage au bon vieux Back In Black ("Rock n’ Roll Train", "Spoiling For A Fight"). Il y a même un vrai effort pour faire du neuf : la slide (excellente) de "Stormy May Day", les saillies pop honorables ("Big Jack"), ou vaguement craignos ("Rock n’ Roll Dream"), qui hissent péniblement Black Ice au niveau d’un Ballbreaker. Mais ce qui déçoit vraiment (outre le dramatique "Anything Goes", sorte de sous-bornintheUSA du pauvre qui mérite dors et déjà la palme de la pire chanson du groupe), ce sont les titres mid-tempo qui parsèment l’album et sentent un brin la routine ("Smash n’ Grab", "Wheels", "Money Made"), les solos-juste-parce-qu’il-faut-en-caser-un qui surgissent à 3 minutes, les titres qui stoppent net à 4’30. Hum… Dommage qu’après un effort comme Stiff Upper Lip, qui renouait avec les ambiances de gros blues chères à feu Bon Scott, le groupe se compromette à nouveau dans le rock pour stades avec des hymnes un peu trop bien calibrés pour être honnêtes. Bon, cela dit, les ancêtres ont encore des dents et une solide paire de roupettes accrochée au fond du pantalon moulant. Et on est finalement tenté d’être indulgent, tant il est évident qu’ils sauront transformer en live les titres les plus crapuleux de ce Black Ice en machines de guerre imparables, ce qui est déjà énorme.
Par NedLabs - Publié dans : Derniers-nés - Communauté : Le Monde du Rock
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