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Recommandé par des Influenceurs
Mercredi 4 janvier 2012 3 04 /01 /Jan /2012 21:34

primal.jpgSortie 1994

 

Etonnant cas que celui du gang Primal Scream. Sortis de nulle part à l’orée des 90’s grâce à leur conceptuel album Screamadelica, manifeste hédoniste et défoncé au MDMA devenu culte, les Ecossais n’ont cessé depuis de brouiller les pistes de disque en disque, en allant piocher tantôt du côté de l’électro psychopathe (XTRMNTR, Vanishing Point…), tantôt du bon vieux rock n’ roll crassouille et méchant (Riot City Blues). Le tout avec un solide héritage : l’art du riff tueur et hypnotique des Stooges, un groove de jeunes délinquants d’outre Manche tout à fait rollingstonien, un zeste de punk et un goût immodéré pour l’expérimentation sonique qui les emmène autant vers les recherches hindouisantes façon Georges Harrison que vers les beats électroniques froids à la Kraftwerk. Bref, on agite tout ça et on l’assaisonne avec une rythmique qui permet de foutre le feu aux dancefloors, et on a la recette d’un tube façon Primal Scream. Attardons nous aujourd’hui sur cet album atypique – forcément, donc – qu’est Give Out But Don’t Give Up, opus daté de l’an de grâce 1994. Comme l’annonce la pochette et son drapeau confédéré à néon, genre enseigne de lupanar dans un bled interlope d’Alabama, Primal Scream a décidé cette fois ci de se payer un album joyeusement sudiste, sans pour autant renoncer à quelques uns de ses gimmicks favoris. Au programme, du gros blues-rock suintant taillé dans l’électricité ("Jailbird", "Rocks"…), des grooves moites et interminables ("Give Out But Don’t Give Up", "Struttin’"…) avec un backing band entre Lynyrd Skynyrd et  les JB's de Monsieur James Brown (avec armée de choristes façon Nouvelle Orléans et escadrons de cuivres en renfort), des ballades génialement dégoulinantes façon Rolling Stones sur Let It Bleed ("Cry Myself Blind", "Big Jet Plane"…), et même des collaborations prestigieuses avec notamment le facétieux George Clinton himself qui met sa patte au dinosaure groovy qu’est "Funky Jam", ou encore un poignant "Free" conviant une certaine Denise Johnson à la voix suave. La voix elle plaintive de Bobby Gillespie sert également idéalement les compositions, perchée quelque part entre Mick Jagger et Billy Corgan. Mais le vrai miracle de cet album est que la bande de junkies arrogants de Glasgow qu’est Primal Scream arrive à donner une crédibilité à cette compilation de titres pour rednecks en goguette, un peu comme les Rolling Stones se découvraient une vocation américaine sur Exile On Main Street. Cette capacité à sortir perpétuellement du cadre pour aller là où on n’est pas attendu, et si c’était ça le talent?

Par NedLabs - Publié dans : Disques de passage - Communauté : Le Monde du Rock
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Mardi 21 décembre 2010 2 21 /12 /Déc /2010 00:04

30252.jpgSortie 2002

 

La carrière des Warlocks s’apparente à une vie de junky. Propulsés sur le devant de la scène dans l’élan  de la nouvelle vague psychédélique sourdement fomentée par les terroristes du Brian Jonestown Massacre (le Velvet des années 90, mais on y reviendra), le groupe a progressivement sombré dans une noirceur sonique jusqu’à atteindre des niveaux lugubres insoupçonnés depuis The Jesus & Mary Chain. Le tout avec talent. Cependant, près de deux ans après les méandres bad-tripants de leur dernier album The Mirror Explodes, leur œuvre la plus jouissive reste ce Phoenix de 2002. Un disque issu de la came et dédié à la came, à une période où le groupe semble avoir encore de – relativement – bonnes vibrations. C’est un peu leur Sticky Fingers à eux, quoi. Chaque titre rend hommage aux substances, dans un délire sonore plus qu’appréciable. On est pourtant loin des drones de l’excellent premier album et des magmas de décibels qui vont suivre. Phoenix se distingue par des compositions relativement conventionnelles, des titres franchement rock voire pop qui mettent en évidences la qualité de compositeur du leader Bobby Hecksher. En témoignent les deux premiers titres de l’opus, délicieusement nocifs et velvetiens : "Shake the Dope Out" et le mirifique "Hurricane Heart Attack" (une des plus grosses vrilles rocknrollesques de ces 20 dernières années, n’ayons pas peur des mots). L’album n’est pourtant pas exempt de passages atmosphériques, avec notamment les prenants et furieusement perchés "Isolation" et "Cosmic Letdown". Pourtant, c’est le côté construit du disque qui fait mouche, avec ces accroche-oreilles immédiats que sont "Baby Blue" (oubliez Dylan), "The Dope Feels Good", manifeste bruitiste et joyeusement stone d’une bande de tocards pas encore totalement bouffés par la dope en question, ou encore "Stickman blues", hymne martial à la subversion à base de phazing furieux. Adorer ce manifeste qu’est The Phoenix Album n’est pas renier la discographie complète des Warlocks, pour le coup assez irréprochable. Cependant, c’est sans nul doute le testament d’un groupe déglingué à son apogée créative, qui arrive à manier psychédélisme et composition avec une maîtrise rarement atteinte. A faire passer Anton Newcombe pour Phil Collins. Ah, oui, chose importante à noter : préférer l’édition rare de l’album avec une pochette à base de couteaux à émincer façon Warhol, plutôt que la déplorable, immonde, crapuleuse et pourtant trop fréquente couverture fluo-tête-de-mort du disque qui ferait même honte à un fan de The Offspring (j'en ai été, je sais de quoi je parle). Et là, c’est le bonheur.

Par NedLabs - Publié dans : Albums incontournables - Communauté : Le Monde du Rock
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Lundi 20 décembre 2010 1 20 /12 /Déc /2010 23:07

townes-van-zandt-live-at-the-old-quarter.jpgSortie 1977

 

L’album dont je viens vous causer aujourd’hui a tout de l’anomalie spatio-temporelle. Capté avec  les moyens du bord dans un rade douteux des quartiers interlopes de Houston, TX, ce double live de Townes Van Zandt est en effet un rafraichissant anachronisme. Tandis que le Royaume Uni subit en cette année 1977 les premiers outrages d’une jeunesse désœuvrée, vouée à la draught beer et aux épingles à nourrice, de l’autre côté de l’Atlantique, Van Zandt écume comme si de rien était les tripots de la Bible Belt pour y propulser ses chansonnettes douce amères avec sa guitare comme seul renfort. Pourtant, l’ami Townes n’est pas le dernier des délurés. Cramé par les addictions, miné par la dépression, on ne sait plus s’il erre ou s’il fuit, en bon troubadour sudiste, allant disséminer ses arpèges mélancoliques dans tous les patelins rencontrés sur la route. Et Van Zandt a les atouts authentiques pour raconter ces petites histoires de loosers deep south. La voix fatiguée de ceux qui ont vécu trop vite, le picking maladroit mais inventif, le bois sec d’une guitare trainée longtemps sur la route. C’est ainsi qu’est enregistré sur le vif le « Live at the Old Quarter House, Houston, Texas ». Un disque qui sent le VRAI live. A en croire les notes de l’album, l’enregistrement a d’ailleurs été expurgé de quelques titres pour cause de pintes cassées sur le carrelage de l’établissement. Van Zandt y ponctue ses poèmes désenchantés de phrases amères - « Désolé, la clim est en panne » - balance quelques blagues sur un ton pince sans rire. Il est là, à taquiner Bob Dylan dix ans trop tard et il le sait. Mais quelles vérités dans ces histoires. Le public le sait aussi, muet pendant ces fulgurances country-folk impeccables. Talking blues effrénés ("Mr Gold & Mr Mud", "Talking Thunderbird blues"…), pures ballades country à faire chialer Clint Eastwood ("Waitin’ round to Die", "Pancho & Lefty", "Lungs"), bluettes désarmantes de simplicité ("To Live is to Fly"), traditionnels sortis d’on ne sait pas trop où ("Nine Pound Hammer"). Townes Van Zandt pourrait être un redneck quelconque qui vient faire danser les bourrins et les minettes des bleds crasseux, un artiste country sur le retour exploité par un manager peu scrupuleux, un mec qui a piqué trois licks de bluegrass à Doc Watson pour épater les entraîneuses du coin et se faire payer ses bourbons au bar. Pourtant, au détour d’un accord foireux et de sa voix plaintive, c’est tout autre chose qui naît. C’est le bon vieux Sud mythologique (plein de bière et de drames comme dirait l’autre), où les Cowboys finissent junkies et où la route n’a jamais de fin. Avec toujours le soleil qui pointe à l’horizon. Une chronique dédiée à Ben, dernier lecteur de ce blog et qui trouve que je m’y fais rare (et il a bien raison, l’enfoiré).

Par NedLabs - Publié dans : Live & Loud - Communauté : Le Monde du Rock
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Jeudi 4 novembre 2010 4 04 /11 /Nov /2010 21:53

come.jpgSortie Octobre 2010

 

Cet article pourrait avoir pour titre « De la boursouflure dans le rock n roll ». Thème par ailleurs à peu près aussi vieux que le rock n roll lui-même. Le dernier album de Kings of Leon est boursouflé. Le précédent l’est sans doute aussi, mais je n’ai pas eu la patience d’y jeter une oreille attentive. Je me souviens que le tout premier opus m’avait scotché à cause d’une chanson déjà fort bien calibrée FM, le superbe « California Waiting ». On sentait déjà que ces petits gars étaient des malins. Quelques albums plus tard, ils se payent leur rêve : une production lisse comme du formica, avec une basse lourde et molle et une batterie punchy mais proprette qui semblent enregistrées dans une boîte d’œufs géante, et surtout un chanteur au larynx chrismartinien en diable, histoire de lever de la minette. Tout ça est loin d’être mauvais, et je serais bien le premier bon con à tomber dans le panneau de "The End", ou "Pyro", mais il n’en reste pas moins que tout ça est fort plat, et que l’album ne propose aucune mélodie (allez y, fredonnez le sous la douche ?). Non ce n’est pas mauvais. C’est même très bien troussé. C’est un disque qui couine proprement, comme ses illustres ancêtres dans la boursouflure, de Bruce Springsteen à U2 (je vais encore me faire des potes), en passant par Coldplay et Soundgarden. C’est juste un peu désolant. En bref, Kings of Leon est un peu à Led Zeppelin ce que Dominique Strauss Kahn est au Socialisme. Ces jeunes gens seront sans doute frais pendant quelques mois, mais employer son talent à de pareilles niaiseries, est-ce bien sérieux ? Le pire est qu’ils figureront sans doute dans les discothèques de chacun dans 10 ans, à côté des albums grandiloquents qu’on ne réécoute jamais tellement ils sont convenus à la base. Le seul argument qui me retient de pousser définitivement les Kings of Leon dans la fosse septique, c’est Californication des Red Hot Chili Peppers. Un autre album boursouflé, mais qui pour le coup a eu la chance de tomber sur ma génération (et sans doute tous les gens qui ont passé leur bac autour de 2000 ressentiront ce pincement au cœur). Mais bon, maintenant je suis un vieux con. Et je ne peux que souhaiter à Come Around Sundown de devenir un album générationnel. Ou pas.

 

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Par NedLabs - Publié dans : Derniers-nés - Communauté : Le Monde du Rock
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Dimanche 5 septembre 2010 7 05 /09 /Sep /2010 18:58

 

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Sortie 2008


 C’est à la faveur de cette fin d’été clémente que je sors de ma tanière et reviens vous causer un brin de rock n roll. Car, croyez-moi, mes disparitions périodiques de la blogosphère ne sont pas pour autant des retraites musicales, et c’est avec une avidité compulsive que je continue d’absorber tous les disques ayant le malheur de traîner à proximité de mes oreilles, du black-metal norvégien à la pop ouzbek en passant par le psychobilly moldave. Et ainsi fatalement, de temps en temps, le chroniqueur reclus que je suis éprouve le besoin de sortir de sa caverne, et d’éructer au monde, le corps couvert de peaux de bêtes et de suif, le nom de l’un ou l’autre artiste découvert au hasard de mes élucubrations, parce que, ben, ça déchire, voilà. Passons aux choses sérieuses, aujourd’hui : Holly Golightly. Je n’apprendrai ici pas grand-chose aux aficionados de la scène rock indépendante, mais présentons rapidement la dame : britannique de son état mais fleurant bon le terroir sudiste dans ses productions, voix espiègle et troublante, abonnée aux collaborations prestigieuses (Greenhornes, White Stripes…), et pourtant méconnue pour son œuvre solo prolixe, Holly Golightly affectionne particulièrement les blues crasseux et la country déglinguée, sans cracher sur un bon morceau de garage 60’s de temps à autre, histoire de se décrasser les esgourdes. L’album Dirt Don’t Hurt (2008), puisque c’est de lui qu’il s’agit, est un petit bijou d’Americana d’une fraîcheur inouïe, sans conteste le fruit de saison pour démarrer l’automne. Les guitares sèches et les banjos sont de sortie pour une petite balade le long des rives du Tenessee, avec une Holly plus que crédible dans le rôle de chanteuse pour roadhouses glauques. Les traditionnels de blues et country (le fabuleux "Boat’s Up The River") se mélangent avec succès avec les compositions originales ("My 45", et son riff de slide texan en diable, ou un "Cora" digne du regretté Doc Watson), avec des moments d’inquiétude et de grâce absolue ("Burn Your Fun", la réverb’ fantomatique sur "Indeed You Do"). Le backing band – The Brokeoffs – fait plus que tenir la route et tisse la toile de fond de ces titres ruraux avec une sobriété du meilleur effet. Et comme l’essayer, c’est l’adopter, on ne saurait trop vous conseiller de jeter également une oreille aux autres opus de la demoiselle (You Can’t Buy a Gun When You’re Crying, de 2007 ou le tout récent Medicine County). A écouter « right hand on the Bible, left foot in the grave ». So long!

 

Par NedLabs - Publié dans : Disques de passage - Communauté : Le Monde du Rock
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Mardi 9 mars 2010 2 09 /03 /Mars /2010 23:04

dig-copie-1.jpgSortie 2008


Alors à ce qu’il parait, c’est fini. Oasis est mort. Bon, je dois dire qu’au moment des faits, ça ne m’avait pas fait plus d’effet que ça. Pourtant, j’avais déjà en ma possession leur dernier opus, écouté d’une oreille distraite et pourtant charmée par le contenu de la galette. Mais bon… Oasis, ce groupe boursouflé depuis des années, quel avenir ? La suite était bien prévisible. Mais là où on attendait la mort lente, les duos avec Paul Mc Cartney, l’album caritatif, Oasis a eu la délicatesse, la décence, même, de disparaître comme un vrai groupe de rock formé deux ans auparavant… Crises d’égo, gnôle, pognon, magnifique ! Du coup, on se sent comme un peu orphelin. Eh oui, mine de rien, je réalise qu’Oasis est un des rares groupes de « ma » génération que je puisse écouter sans sentir le vieillissement de leur musique. Pas un seul de leurs titres ne me parait ringardisé, ni par la composition, ni par les textes, ni par la production. Le fameux débat Blur / Oasis fait aujourd’hui sourire. Je me rappelle y avoir participé, bien après qu’il soit d’actualité. En défendant bien sûr Oasis, qui n’avait certes pas sorti quoi que ce soit d’exceptionnel depuis Morning Glory (déjà un sacré bail). Mais pourtant, on sentait déjà que les frères Gallagher continueraient à se foutre joyeusement sur la gueule en ressassant leur pop pour prolos à l’heure où Damon Albarn sortirait des putains de disques de World Music. Et les deux derniers (définitivement, semble-t-il) albums d’Oasis sonnent comme une victoire sur le consensuel, ne révolutionnant rien mais renouant avec bonheur avec la qualité de leurs premières productions, de quoi faire danser le hooligan, le cockney et globalement toute personne ayant pris son panard sur Champaign Supernova. Dig Out Your Soul est un album impeccable. Sans concessions, rythme martial, psychédélisme bien assumé, éternelles harmonies kinksiennes, production carrée. Et surtout cette arrogance qui transpire de toutes les chansons, les Gallagher en puissance. Dig Out Your Soul est une véritable madeleine pour les nostalgiques du revival pop des années 90. A recommander à tous les pisse-froid en intégralité, une pinte de Carling à la main. Même les trois compositions de Liam sont très écoutables (y compris le dégoulinant et splendide slow "I’m Outta Time"), même si le frangin demeure l’éminence créative du groupe : se prendre "(Get Off) Your High Horse Lady" ou "The Shock Of The Lightning " en pleine tête. C’est comme ça qu’on a toujours aimé Oasis. Allez, en bonus, quelques pensées philosophiques des frangins sur leur carrière :

Noel :

- We're not arrogant, we just believe we're the best band in the world.

- The thing about us is we're honest. If we're asked whether we take drugs, we say yes. I was brought up by my mam not to be a liar.

Liam :

- Everyone knows that if you've got a brother, you're going to fight.

- I refuse to dance. And I can't dance anyway. I'm not in a band for that.

Par NedLabs - Publié dans : Disques de passage - Communauté : Le Monde du Rock
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Lundi 1 mars 2010 1 01 /03 /Mars /2010 22:00

 

johnny-cash-american-VI.jpg

Sortie Février 2010


Même pas mort ! Sacré Johnny Cash, non content de s’être enquillé 50 années de carrière en dent de scie, il semblerait que même les vers ne viennent pas à bout de sa dépouille. Ras la gueule des racines de pissenlits, le Johnny, aussi a-t-il décidé de quitter temporairement le caveau familial, histoire de sortir son deuxième album posthume, rien que ça. Et c’est toujours sous la houlette du facétieux Rick Rubin qu’il livre le tout nouveau American VI : Ain’t No Grave, dans la droite et sombre lignée des American Recordings. Bon, allez, une petite rétrospective pour ceux qui auraient passé les quinze dernières années dans une prison ouzbèke et pour les fans de Sliimy : les American Recordings constituent une série d’enregistrement démarrée en 1994 face au regain de popularité pour les chansons de Cash. Le très poilu Rick Rubin, alors au sommet de sa gloire pour avoir produit tout ce qui allait hélas être défini comme le son des 90’s (du speed-métal crasse-poil à Run DMC) a alors cette idée de génie qui consiste à faire enregistrer au vieux Johnny plus ou moins en bout de course quelques compos originales mêlées à des reprises rock et pop plutôt contemporaines et des classiques country et blues, le tout avec un son acoustique dépouillé et ténébreux, mettant en avant les craquements de cordes vocales de l’homme en noir. Quatre volumes succèdent au triomphe immédiat du premier album, d’une qualité relativement constante, malgré des idées de reprises plus ou moins heureuses (Cash sings Nine Inch Nails, c’est parfait, Cash sings Simon & Garfunkel, ça craint). On retiendra essentiellement les volumes impairs, tient, c’est marrant, ça. 2003 : Cash casse semble casser définitivement sa pipe laissant derrière lui quasiment trois générations de fans éplorés. 2006 : Première résurrection et parution du American V, impair donc forcément bien. Même si la voix du Maître commence à sérieusement sentir le sapin, il s’en dégage une intensité fabuleuse (réécouter "God’s gonna Cut You Down", prophétique et rédempteur, lugubre à souhait, où la fantastique ritournelle country "Further On Up the Road". Un petit chef d’œuvre, et sans doute le plus émouvant de tous les albums posthumes. 2010, donc. Rubin, lassé de produire les anciennes gloires des 90’s qui pourrissent sur pied, tente de nous refaire le coup de l’émotion et ressort de ses tiroirs quelques titres oubliés des sessions American. Alors on se laisse forcément attendrir, tout ça est bien dans la lignée historique, avec notamment le très puissant et fantomatique "Ain’t No Grave ", son banjo perdu, ses échos malsains et ses bruits de chaînes, qui rivalise dans le genre avec "God’s Gonna Cut You Down". Et puis il y a une bonne reprise de Sheryl Crow. Et puis… tout ça s’essouffle un peu malgré quelques classiques country honnêtes et une bonne dose de Bible, mais, cruel constat, la voix n’y est plus vraiment. Et ce "1st Corinthians 15:55" est loin du niveau habituel des compositions de Cash. Bref, malgré une production au cordeau, tout ça sent un peu le remplissage autour de 3-4 titres vraiment indispensables. Ce qui est déjà beaucoup, me direz-vous… En attendant pour 2015 le American VII : I’ll Bury You All. Qui sera excellent, numéro impair oblige.


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Mardi 9 février 2010 2 09 /02 /Fév /2010 22:00

Sortie 2bdh.jpeg009


Le blues est un art devenu foutrement réactionnaire. On ne dira jamais combien Eric Clapton, après l’avoir révélé aux yeux des mélomanes blancs avec ses Bluesbreakers, a contribué ensuite à le ringardiser en distribuant doctement ses soli de Stratocaster à qui voulait bien les entendre. Si bien qu’aujourd’hui, le blues, c’est un quinqua avec un chapeau mité et un T-Shirt Stevie Ray Vaughan, qui récite sa pentatonique patiemment apprise sur une section rythmique poussive pendant une fête de la musique. Plus d’âme, plus de violence, plus la flamme, quoi… Juste une passion d’entomologistes qui n’ont sans doute jamais rencontré le diable à un certain carrefour. Mais les Black Diamond Heavies, eux, ont du le croiser plus d’une fois. Ce duo originaire du bon vieux sud crasse-poil et encore vaguement encagoulé pratiquent depuis 2004 un blues d’outre-tombe, dans la foulée des énergiques et lourds Black Keys. Black Diamond Heavies, c’est d’abord un frontman idéal en la personne de John Wesley Myers, ex-clavier des bruitistes Immortal Lee County Killers, dans le rôle du prédicateur possédé avec un style qui sied d’ordinaire davantage au heavy metal, clope vissée aux lèvres et tignasse graisseuse pendouillant devant une impénétrable paire de verres fumés. Génie du clavier fantômatique et voix entre Howlin Wolf et Lemmy Kilmister, travaillée à grandes bouffées de Lucky Strike. En n°2, c’est Van Campbell, batteur impeccable, percutant mais délicat, qui sert avec finesse et puissance les envolées de clavier Vox torturées de son compère. 2009 : Sortie du bien nommé enregistrement live du groupe Alive as Fuck, capté dans un bouge improbable du Kentucky (The Covington Masonic Lodge – le grand orient serait-il plus fun outre-Atlantique ?). Soit un résumé concis – 10 titres – des deux furieux albums qui le précèdent (Every Damn Time en 2007 et A Touch of Someone Else’s Class en 2008). Du feu et de la sueur, un clavier qui hulule et vrombit sous les salves de cymbales maltraitées mais groovy ("Take a Ride", "Might Be Right"). Des mauvais soli dégoulinant comme de la lave en fusion, sur des riffs de basse ressassés à l’envi ("Hambone"). Une tentative soul aussi foireuse que jouissive comme du Marvin Gaye chanté par Lemmy accompagné de Richard Claydermann au clavier (Bidin My Time). De la bonne grosse bourrinade mal dégrossie ("White Bitch", "Loose Yourself", un brin poussifs). Du Mississippi Blues à réaction noyé dans le larsen ("Leave it in the Road", "Fever in my Blood"). Rien de bien nouveau, à bien y regarder. Mais d’un coup, le blues redevient lascif et dangereux, vaguement malfaisant voire franchement démoniaque. Comme l’ombre d’un Screaming Jay Hawkins sur les sages platebandes de Clapton et consorts. Ooh Yeah !

Par NedLabs - Publié dans : Live & Loud - Communauté : Le Monde du Rock
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Dimanche 11 octobre 2009 7 11 /10 /Oct /2009 18:35
Sortie 1997

Rares sont ceux qui parviennent à faire de la série Z une forme d’art. Mais les Cramps ne sont pas n’importe qui : les Ed Wood du Rockabilly, les Roger Corman du Garage. En bref, une certaine maîtrise du sujet quand il s’agit de composer sur des mouches mutantes, des ados loup-garous ou des zombies danseurs. La mort au début de cette année de Lux Interior, tête (mal-)pensante du combo original de Sacramento marque un triste coup d’arrêt aux 30 ans carrière des inventeurs du Psychobilly, qui continuaient régulièrement à sortir, depuis leurs deux disques fondateurs Songs the Lord Taught Us et Psychedelic Jungle, des albums fort ludiques à défaut d’être toujours franchement géniaux. Pourtant, en laissant traîner une oreille distraite sur ce Big Beat From Badsville daté de 1997 (leur avant-dernier effort), difficile de ne pas rapidement se laisser captiver par des compositions au cordeau et une énergie inaltérée. On ne peut pas dire que les Cramps réinventent leur style, mais là où leur rockab’ devenait parfois poussif sur les albums de la fin des années 80 et du début des années 90 (Flamejob…), la production franchement acérée de ce disque confère un sacré coup de jeune aux titres qui sonnent à nouveau comme des coups de cran d’arrêt dans un perfecto. Enregistré et mixé maison par un certain Earl Mankey, dont on imagine que la baraque doit se souvenir de quelques sessions bien sauvages, l’album est d’ailleurs produit par nuls autres que Lux Interior et son infernale moitié Poison Ivy. Le résultat est parfaitement agressif, dès le "Cramp Stomp" introductif toutes guitares en avant, la fuzz enveloppant le tout avec un rendu qui fait pourtant presque « propre ». Les titres, quant à eux, sont de petits joyaux d’épouvante kitsch qui reprennent les thèmes chers au groupe (du monstre, du nécrophile, de la maîtresse SM, de l’animal mutant psychotique en veux-tu en voilà…) dans un écrin de riffs méchants. Comble du vice, les Cramps récupèrent la fameuse Sheena Punk Rockeuse des Ramones pour lui faire intégrer cette fois une bande de vampires gothiques s’adonnant aux joies de l’exhumation ("Sheena's in a Goth Gang"). Pour ne rien gâcher, les lyrics au quatrième degré sont à faire fuir n’importe quel représentant de Familles de France dépourvu d’humour (pléonasme ?), et à marquer votre visage à vous d’un rictus vicelard en écoutant tout ça au casque dans la rue. Florilège, avec le lascif "Like a Bad Girl Should" (“Ooooh, You smell good… Ooooh, You taste good… Like a bad girl should!”) ou encore le délicieux "Queen of Pain" (“Queen of Pain, Queen of Pain, I’m bad and I know I’m to blame! Queen of Pain, Queen of Pain, These marks ‘ll be hard to explain!”). Et pour ravir définitivement ceux qui n’étaient pas encore convaincus, l’édition CD de 2001 contient en bonus quatre titres vraiment pas dégueulasses, dont en particulier une reprise des Embers (a priori), obscur groupe des 60’s pour le très tubesque "I Walked all Night". Et rien que parce qu’ils pouvaient dénicher des trucs pareils, les Cramps vont nous manquer…

Par NedLabs - Publié dans : Disques de passage - Communauté : Le Monde du Rock
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Lundi 3 août 2009 1 03 /08 /Août /2009 21:19

Sortie 2002

 

Mes bien chers Frères, mes bien chères Sœurs, non, ne perdez pas la foi ! Car je vous le dis, le Rock n’ Roll n’est jamais mort. Il revient même périodiquement sur Terre chercher les brebis égarées dans la grisaille sonique histoire de leur remettre une bonne claque derrière les oreilles, parce que faudrait pas se laisser aller, quoi, merde… Que faisiez-vous en 2002, hein ? Oui, d’accord, moi non plus je ne sais plus, mais je n’avais sûrement aucune raison valable de passer à côté de la déflagration sonique que je découvre avec bonheur depuis seulement quelques semaines, j’ai nommé les Flaming Sideburns. Brûlante formation finlandaise apparue à l’aube du nouveau millénaire dans le maelström de la mouvance Garage-Punk nordique, les Flaming Sideburns n’ont pondu à peu près que des albums géniaux dont je régale mes oreilles endolories ces derniers temps par trop de beats synthétiques. Et le bien nommé Save Rock n’Roll de 2002 est une pièce de choix de leur discographie. A cheval entre les facétieux Hives avec qui ils ont en commun le génie du riff accrocheur à deux balles, et les Hellacopters pour le côté bon vieux Rock à Papa, mais à 250 à l’heure, la furie des FS doit aussi beaucoup à leur hurleur en chef Eduardo Martinez. Un patronyme plus enclin à faire de vous un torero qu’un frontman, mais que voulez-vous, la tauromachie en Finlande, c’est pas trop ça, donc le bonhomme a bien du exprimer ses ardeurs dans un autre domaine d’activité. Le résultat est tout bonnement bluffant de spontanéité et de simplicité, de quoi rabâcher encore quelques décennies sur les sacrosaints trois accords. Mais ce qui fait la qualité du groupe, c’est l’agressivité de son son, tout droit venu du Detroit de la fin des 60’s. Les Flaming Sideburns ne s’en cachent pas, ils se veulent héritiers des Stooges et des MC5. Fuzz démentielle, riffs ultra-tranchants, hurlements, frappe de batterie bête et méchante. Martinez aboie des titres immédiatement inoubliables ("Street Survivor", "Blow the Roof", "Shake In", "Spanish Blood"), avec le charisme d’un Iggy ou d’un Jagger survolté, entrecoupés de quelques intermèdes juste pour souffler, pour terminer sur un "Testify" en clin d’œil au MC5. Alors c’est sûr, ces cinq là n’ont vraiment pas (ré-)inventé la poudre, mais rien que pour être parvenu à réhabiliter avec autant de naturel les costumes de scènes les plus improbables d’Iggy (vas-y que je te colle des paillettes sur le futal léopard moulant,  des semelles compensées et des tronches de tigres sur le perfecto), la fine dialectique des Ramones, le bonheur de pousser les potards à 11 et de boire trop de bière en faisant décrire à son corps un mouvement perpétuel d’oscillation verticale jusqu’à ce que vomi s’en suive, eh bien on ne peut que leur tirer notre chapeau. Et puis au moins on est sûr que s’ils sortent une anthologie, ils n’auront pas d’article dans les Inrockuptibles

 

 

 

Par NedLabs - Publié dans : Disques de passage - Communauté : Le Monde du Rock
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