Mardi 21 novembre 2006
2
21
/11
/2006
00:10
Sortie 2001
Si je vous dis New York, Rock, Pétés de thunes, Converses, vous me répondez?... The Strokes, immanquablement. Ben oui. Et pourtant, avant de devenir le
cliché fils-à-papa-rock'n'roll (mais en l'étant déjà dans l'anonymat), les Strokes peuvent se targuer d'avoir sorti l'album qui a été le dernier électrochoc en date susceptible de sauver le
rock... Replaçons nous dans le contexte: en 2001, les kids réécoutent pour la 300 000ième fois la discographie de Nirvana en se convaincant qu'ils y trouvent encore de la nouveauté et se relaxent
en se passant du Radiohead, tout en se disant "Merde, j'ai honte, le vrai rock, le pur, est mort...". Et Paf! Voilà que 5 branleurs sortent un album affichant une pochette cadrage Sticky Fingers
version fille, de profil et sans le textile qui forcément attire l'attention. "Merde", se disent-ils, "ça sonne comme rien au monde actuellement, mais putain qu'est-ce que c'est rock quand
même!". Car les Strokes viennent de réaliser ce qui restera sans doutes le meilleur premier LP d'un groupe de rock avec leur Is This It, et que leur album se démarque par une déconcertante
décontraction (c'est vrai que les 5 lurons n'ont pas trop à se soucier de leurs revenus...), qui n'efface en rien une énergie punk incontestable. Ce qui caractérise Is this it est sa propension à
nous inviter à douter: on rêvait d'un rock violent, retour aux sources façon Rolling Stones, MC5, ou Nirvana dans un univers musical où l'énergie ne s'exprimait plus guère que par le métal. Eh
non! Voilà que les Strokes nous balancent un album tout en retenue, avec un univers complet qui empreinte autant au Punk qu'à la New-Wave ou au Twist(!), et à tous ces adjectifs pompeux qu'on a
pu mettre devant le mot Rock. Avec plaisir ou non, on constate que l'on peut, au XXIème siècle, encore danser, sauter (et picoler) sur du rock. Les titres, me direz-vous? L'énumération des titres
de ce disque n'est pas nécessaire tant ils sont égaux dans l'excellence, affichant leur énergie légère et désinvolte dans un monde où l'on pensait que les Watts dominaient tout...
Incontournable.
Par NedLabs
-
Publié dans : Albums incontournables
0
-
Recommander
Samedi 6 janvier 2007
6
06
/01
/2007
14:36
Sortie 1969
Chargez les caisses de Budweiser et les cannes à pêche dans le pick-up, chaussez vos santiags et vissez une casquette des Giants sur votre front, car pour
continuer la série des albums incontournables, Nevermind The Blogs vous emmène en week-end prolongé avec CCR! Eh oui, Creedence Clearwater Revival, cette troupe de joyeux drilles californiens au
nom improbable (qui serait inspiré du prénom d'un pote, d'une pub pour de la bière et de leurs tendances musicales rétro), qui est parvenue à remettre au goût du jour le son de l'Amérique
profonde à l'heure même où Hendrix pulvérisait le blues à grand coups de guitare fuzzy et de pédale wah-wah. Prolixe semble être un adjectif inventé pour CCR, qui entre 1968 et 1970, parviendra à
sortir 6 albums (!), dont 3 rien qu'au cours de l'année 1969. Et c'est précisément en août de cette année 1969 que paraît Green River, troisième opus du groupe. Non que cet album soit plus génial
ou bourré de tubes que les autres, qui contiennent chacun leur ration d'hymnes passés à la postérité, mais Green River est sans nul doute la galette la plus symptomatique de l'épopée de CCR, et
celle qui transcrit le mieux l'univers du groupe (et cela jusque sur la très kitsch pochette du disque). Le ton est donné d'emblée avec la chanson titre Green
River, hymne au week-end à la rivière bien d'chez eux, diablement dansant. On trouvera ensuite Commotion, titre urgent (bon, c'est sûr, c'est pas MC5, non plus), avant de retourner à ce
country-blues-rock gracieux, mais aussi un peu graisseux, teinté des accents de Louisiane. Outre le célébrissime Bad Moon Rising, on trouve donc des titres
bien redneck mais merveilleusement accrocheurs comme Tombstone Shadow, Lodi ou Sinister Purpose, malgré quelques excès kitsch (Wrote a Song for Everyone). Et de fil en aiguille, on se retrouve scotché par
les compositions de ces musiciens sans complexes, emmenées par la voix taillée sur mesure d'un John Fogerty au sommet de son art. Alors évidemment, on ne peut pas dire que CCR a inventé grand
chose, mais transformer des chansonnettes aussi poisseuses en hits intemporels, c'est quand même un bel exploit... Vous reprendrez bien une petite Bud?
Par NedLabs
-
Publié dans : Albums incontournables
5
-
Recommander
Mercredi 23 mai 2007
3
23
/05
/2007
14:07
Sortie 1979
Dilemme assassin ! Choix cornélien ! Je sens d’ici poindre le courroux de certains… Mais bon, à l’heure où les plus écossais des australiens
s’apprêtent à rentrer dans le Hall of Fame des albums incontournables, il fallait trancher… Et trancher surtout entre les trois chef-d’œuvres majeurs de la fin de l’ère Bon Scott. Alors pourquoi
pas Let There Be Rock ? Ou Powerage ? Foin des débats ! Assumons cette responsabilité et rendons hommage au fantastique album Highway To Hell.
Highway To Hell, c’est d’abord la chanson titre que tout fan vomira – mais surtout parce qu’elle a martelé ses tympans adolescents jusqu’à plus soif – hymne aussi potache que binaire,
assez peu représentatif de ce qui va suivre. Car le disque embraye sur le riff endiablé d’un "Girls Got Rythm" dansant, qui met d’entrée de jeu l’album en orbite. Car la suite brille par son
savant mélange d’un rock brutal et acéré ("Walk Over You", "Beating Around the Bush") et d’un sens du groove exceptionnel (le presque pop "Touch Too Much", "Get It Hot"). A côté de ça, de
véritables fulgurances rock’n’roll dans la droite ligne des opus précédents, mais avec ce son plus rêche, moins rond : qu’a-t-on entendu de mieux depuis l’entrée de la basse sur le riff
vengeur de "Shot Down in Flames", la voix acide d’un Bon Scott au sommet de son art sur "If You Want Blood (You’ve Got It)" ? Sexe, sang et binouze, les lyrics de Scott érigent, au troisième
degré, le rock’n’roll en art de vivre, le désacralisent pour mieux le vénérer. AC/DC à mangé du rock’n’roll, absorbé la viande et la graisse et nous recrache au visage les os
consciencieusement rongés, aussi secs et coupants que les soli d’Angus Young. Dernier moment de cet album mythique, le sombre et bluesy "Night Prowler", ode au rôdeur désaxé, hymne aux parias,
évoque alors bien sûr l’âme de Bon Scott, dont cet album sera l’ultime effort, errant à jamais sur le rock…
Par NedLabs
-
Publié dans : Albums incontournables
3
-
Recommander
Jeudi 24 mai 2007
4
24
/05
/2007
14:44
Sortie 1993
En 1993, le monde du rock semble, pour le plus grand bonheur de ses adeptes, revêtir les habits d'apparats qui furent les siens quelques 25 années plus
tôt. Les descendants poilus des Sonics et des Troggs (notamment la scène de Seattle) mènent une lutte acharnée contre les petits-fils spirituels des Kinks et des Beach Boys (notamment les Blur et
Suede naissants) pour le titre de celui qui fera sauter le plus haut le public. Au milieu, d’étranges personnages construisent des murs de son hypnotiques sur lesquels se posent des voix
éthérées, dans une structure jamais entendue auparavant : le Shoegazing a pris son essor, propulsé par le colossal Loveless de My Bloody Valentine, deux années auparavant. Slowdive
fait partie de cette grande famille des fixeurs de chaussures, avec leur premier opus sorti en 1991, et tout à fait dans l’orthodoxie du mouvement. Mais c’est avec leur deuxième effort que les
britanniques, abandonnant en partie les dogmes Shoegazer, vont signer un disque pionnier, magistral. Si Souvlaki s’ouvre sur quelques titres pas si novateurs, la montée en puissance se
fait insidieusement, les guitares se saturent au fil des chansons et envahissent l’espace, les voix se font plus lointaines et lancinantes. Si "Alison", ou "Machine Gun" peuvent évoquer la pop
bruyante du premier opus naissant de Radiohead (à noter tout de même, l'excellent "Sing" ), le disque part bien vite
sur des sentiers jamais encore défrichés et embraye sans avertissement sur "Souvlaki Space Station" entre rock et dub, un monstre sonore au riff de basse évident qui s’empare
littéralement de l’oreille au fur et à mesure de sa montée en puissance, introduisant avec brio des éléments d’électro en son sein. Enchaînement diabolique, Slowdive ne nous laisse pas
redescendre avec les hypnotiques "When the Sun Hits" et "Altogether", dans la même veine, avant un atterrissage en tristesse avec "Dagger", qui reste une des plus grandes ballades des 90’s. Et
pour l’auditeur qui ne serait pas encore scotché, engourdi par ce disque âpre et dépressif, Souvlaki déploie une dernière fois sa basse ronflante sur "Some Velvet Morning", magistral et
entêtant. Il faudra attendre OK Computer, 4 ans plus tard, pour redécouvrir une fusion aussi heureuse du rock et de l’électro.
Par NedLabs
-
Publié dans : Albums incontournables
5
-
Recommander
Dimanche 15 juillet 2007
7
15
/07
/2007
09:35
Sortie 1967
Quand arrive le moment de faire rentrer un album d’un groupe fondamental dans son Hall of Fame personnel, se pose immédiatement la
question de la légitimation de ce choix. Alors pourquoi Strange Days plutôt que l’éponyme The Doors ou LA Woman ? Pourquoi pas le mésestimé Morrisson
Hotel ou le foutraque Waiting for the Sun ? Les chantres du snobisme ne citeront-ils pas The Soft Parade ? D’abord Strange Days, c’est un titre qui a la
classe, et qui colle exactement à la musique de cet album presque concept. Constitué des chutes du premier opus, il en est également le pendant plus obscur, plus… étrange finalement. Chaque titre
de l’album originel semble avoir ici son ombre portée ("You’re lost Little Girl" et "I Looked at You", "My Eyes have seen You" et "Take it as it comes", "When the Music’s Over" et "The End"…). De
ce fait, plus encore que sur l’album précédent, on ressent cette oppression, ce sentiment d’étouffement que procure la voix lancinante de Morrisson, décollant sur les intros malsaines de "You’re
Lost Little Girl", "My Eyes Have Seen You" ou "I Can’t See Your Face in my Mind". Le groupe tient fermement Manzarek en laisse et l’empêche de partir dans ses travers de soliste épique et
d’expérimentateur de sons pas très heureux. Piano, orgue Hammond ou clavecin, ici Manzarek joue avec classe et sans débordements, laissant un peu plus de place à Krieger. Strange Days,
c’est aussi la période prolixe et lysergique des Doors, avant le passage à vide puis le retour à une musique où le blues va reprendre le dessus sur le psyché. Strange Days, c’est
Morrisson mince et sous LSD tandis que LA Woman c’est Morrisson obèse et sous Budweiser. Il y a encore dans cet album ces titres faussement naïfs, insidieux des débuts ("Love me Two Times",
"Unhappy Girl"). Il y a enfin un véritable poème, scandé par un Morrisson inquiétant, évocation du martyr des chevaux jetés par-dessus bord par les marins lors de la tarversée desdites "Horse
Latitudes", qui clôt au passage le débat Morrisson faux-poète. Strange Days, c’est l’album symptomatique de ce qu’ont été les Doors des débuts, inquiétants et maladifs, touchés par la
grâce d’un Dieu qui devait être le croisement entre Tim Leary et Aldous Huxley.
Par NedLabs
-
Publié dans : Albums incontournables
6
-
Recommander
Mardi 31 juillet 2007
2
31
/07
/2007
10:22
Sortie 1970
Syd Barrett est évidemment un monstre sacré. Eminence grise du Pink Floyd originel, cerveau avant-gardiste et détraqué d’un rock
psyché-prog novateur, destin brisé dont on n’a jamais su s’il avait réellement fait fondre sa raison à force d’avoir été le cobaye de toutes les expérimentations narcotiques de son époque, où si,
loin d’être le légume que l’on décrit, il avait simplement choisi de consacrer la fin de sa vie à ses passions du jardinage et de la peinture (la réponse se trouvant sans doutes un peu entre les
deux propositions). Quoi qu’il en soit, à l’apogée de sa période lysergique, et avant de quitter définitivement la scène qu’il exècre, le maître Syd livra de manière chaotique un dernier album
solo d’une qualité rare. Soutenu de bout en bout par un David Gilmour multi-instrumentiste inspiré (et peut-être un peu gêné de ravir la place de Barrett au sein du Floyd), Syd parviendra bon gré
mal gré, entre février et juillet 1970 après moultes interruptions dues à la dégradation de son état psychologique, à réunir les 12 pépites qui ornent l’album Barrett. Celui-ci s’ouvre
magistralement, arpège hindouisant se fondant dans une gamme de blues avant le décollage de "Baby Lemonade" et ses nappes de clavier foutraques, double voix et refrain pop aussi imparable
qu’inquiétant. On embraye sur la comptine "Love Song" puis sur "Dominoes", avec sa conclusion Doorsienne en diable, et on comprend rapidement qu’écouter Barrett, c’est un peu comme aller prendre
le thé chez sa grand-mère un dimanche après-midi, sous acide. Les mélodies volontiers enjouées ou kitsch contrastent avec les dissonances soudaines et la voix désabusée de Barrett, préfigurant
souvent ce que sera le chant de Ian Curtis (l’atrabilaire "Rats"). Retour à un Blues roots presque tout en basse, et voix d’outre tombe sur le sinistre "Maisie", avant d’enchaîner sur la ligne de
basse groovy de l’excellent "Gigolo Aunt" qui ne remonte qu’à moitié le moral. Le renfort du claviériste Richard Wright met également en valeur quelques titres, notamment "Wined & Dined",
magnifique et tout en douceur. Syd fait sortir le tuba pour une dernière comptine dont le seul titre vaut son pesant de cacahuètes ("Effervescing Elephant"), et ça y est, on sort de cet album un
peu groggy, comme après une sieste remplie de rêves étranges dont d’ailleurs on ne se souvient plus. On referme la pochette illustrée par Syd lui-même, fascination entomologique d'un esprit
au bord du gouffre: c’est beau, c’est fou, c’est du grand Barrett.
Par NedLabs
-
Publié dans : Albums incontournables
2
-
Recommander
Vendredi 10 août 2007
5
10
/08
/2007
09:33
Sortie
1970
1970… Soudain, le fracas et la sueur. Dans la lignée du MC5, quatre sales gosses d’une banlieue triste de Detroit précipitent ce que Hunter S. Thompson décrira quelque deux ans plus tard
dans son Fear and Loathing in Las Vegas comme l’effondrement du rêve hippie (américain ?). Un an seulement après LE Woodstock, la révolution baba-cool est réduite en pièces par les
Stooges, adeptes d’un nihilisme aussi crétin que militant, né dans la grisaille de la Motor City, à des années lumières des côtes californiennes. De leurs aînés, ils ne reconnaissent que les
Doors, dont Iggy est fan, et le Velvet Underground auquel ils empruntent la noirceur de leurs sales petites histoires urbaines marquées par la came, le sexe et la violence. En pochette intérieur
de Fun House, les quatre affreux trônent sur un tapis persan, Iggy lascif et Ron arrogant, exhibant ses colifichets nazis, le tout évoquant bizarrement Alex DeLarge et ses Droogies
ultraviolents dans Orange Mécanique (1971), tout un programme! Produit par Don Galucci, ce second effort des Stooges est sans doute l’aboutissement ultime de leur style (Raw
Power étant un album de rock somme toute plus classique, plus produit et sans ce magma sonore caractéristique). La violence est ici hypnotique, chaque instrument participant à un
Maelström sonique au dessus duquel n’émerge que la basse impeccable de Dave Alexander, qui mérite un hommage tout particulier tant il assure avec fluidité la cohésion de l’ensemble de
l’album en compagnie des fûts de Scott Asheton. Derrière cette section rythmique imperturbable, Ron Asheton envoie des soli incandescents de pentatonique sans queue ni tête, qui se noient en
saturation, s'entrecroisant avec les aboiements furieux d’Iggy, manifestement possédé. L’ensemble est résolument révolutionnaire : jamais des titres aussi brutaux et vicelards n’avaient été
aussi entêtants, et ce grâce notamment à la répétition hypnotique des riffs de basse. Impossible de ne pas rester scotché à "Down On the Street" (qui pourrait presque être un hommage au "My Eyes
have seen You" Morrissonien), ou au brutal "Loose" (premier titre punk ?). Sur "TV Eye", c’est Ron Asheton qui s’y colle pour répéter inlassablement son riff de guitare, dans une ambiance
d’urgence paranoïaque, sur fond de basse comme slappée. Léger ralentissement sur "Dirt", la basse se fait grasse et tisse la toile de fond sur laquelle Iggy devient un crooner psychotique.
Urgence à nouveau sur "1970", réponse, bien sûr, au "1969" de leur précédent opus, un an de plus, et la machine s’emballe. Vient enfin la pièce maîtresse de cet album, avec "Fun House", proche de
l’impro totale, où le saxophone de Steve McKay sort de l’ombre : Free Rock ou Jazz-Punk ? Monument, en tous les cas. "L.A. Blues", qui s’apparente plus à une destruction d’instruments
de fin de concert qu’à une véritable chanson n’est pas de trop pour se sortir les oreilles de ce magma brûlant d’un rock poussé à l’extrême.
Par NedLabs
-
Publié dans : Albums incontournables
-
4
-
Recommander
Lundi 27 août 2007
1
27
/08
/2007
12:03
Sortie 1970
En tout premier lieu, je tiens à assurer que le choix de cet album ne relève ni du snobisme, ni de la mauvaise foi (ou alors si peu !). Certes, Atom Heart Mother est sans
doute un album imbuvable pour beaucoup, même parmi les fans du Floyd. Et compte tenu qu’il s’avère déjà très difficile aujourd’hui de faire rêver avec Pink Floyd, cette machine
prog-rock devenue monstrueuse et au succès quasiment rédhibitoire, la tâche à laquelle je m’attelle relève presque de la folie suicidaire. Mais bon, pourfendons les idées reçues et balayons
rapidement les luttes intestines entre la secte Gilmour, l’Eglise Watersienne, voire les (ana)Barettistes de la première heure. Atom Heart Mother est
tout simplement un album de génie. Inutile d’y chercher un tube, un quelconque classique ou même un message subliminal : Atom Heart Mother est un
album avec une vache dessus (quelle classe cette pochette), qui s’ouvre sur un morceau fleuve qui ne ressemble à rien et se termine par la bande son
de 13 minutes du petit déjeuner d’un mec nommé Alan. Comment ça, ça ne vous motive pas ? Pourtant, je mettrais ma main au feu que quiconque prend le temps de s’allonger et de s’envoyer les
23 minutes du titre éponyme "Atom Heart Mother" sentirait insidieusement en lui que cet album est culte. 23 minutes d’expérimentations sonores mêlées à un orchestre symphonique, envolées épiques
cédant la place à un groove endiablé, chorale digne d’un Carmina Burana contemporain… Ca déroute, mais à chaque écoute c’est meilleur. Les heureux possesseurs du vinyle retourneront ensuite la
galette pour découvrir, prenant en contrepied la première face, les ballades paisibles et gentiment désabusées "If" (signée Waters pour les intégristes) et "Fat Old Sun" (de Gilmour pour les
fanatiques), avec au milieu, l’excellent "Summer ’68" (tiens, composée par Wright), certes un peu gâchée par le final au synthé aussi pourri que grandiloquent. D’accord, "Alan’s Psychedelic
Breakfast", qui clôt l’album s’apparente plus à un foutage de gueule, même si les esprits les plus détraqués y percevront du génie. Mais bon, reste cette impression de cohérence dans l’anarchie
totale des titres (format des chansons, thèmes, instrumentations…), de foutoir savamment calculé, calibré au millimètre, que je ne m’explique toujours pas. Peut-être grâce à cette vache, qui n’a
rien à voir non plus, et qui place cet album sous le signe du non-sens le plus absolu. Atom Heart Mother est un OVNI, bien loin de la mégalomanie du
futur Dark Side of the Moon, et dépourvu des titres immédiats d’un Meddle ou Wish you were here. Et
pourtant, l’essayer, c’est l’adopter.
Par NedLabs
-
Publié dans : Albums incontournables
-
9
-
Recommander
Mercredi 24 octobre 2007
3
24
/10
/2007
12:12
Sortie
1982
Mettons d’emblée les choses au point. Je n’aime pas Bruce Springsteen. Je n’aime pas ce surnom aussi ridicule que mégalo de « Boss » dont on l’affuble. Je n’aime pas ses
pochettes d’album trop souvent narcissiques, quand elles ne montrent pas le cul d’un trucker texan sur un fond stars and stripes. Et on pourra dire ce qu’on voudra des textes de Springsteen, de
Born to run à Born in the USA, j’ai toujours trouvé sa musique gueularde et à la limite du mauvais goût
quand elle n’est pas tout à fait fade. L’abcès étant crevé (Aïe ! Je vois déjà des fans arriver au loin avec leurs manches de pioche), je peux commencer cette chronique en toute quiétude.
Nebraska n’est pas un album de Bruce Springsteen. Non, sur Nebraska, le Bruce pompeux et braillard a momentanément quitté le corps d’un Springsteen discret et sensible qui livre là un album
intimiste, tout en retenue tant dans sa musique que dans ses textes. D’ailleurs, on ne s’y trompe pas, cette fois la pochette de l’album est réussie, et parfaitement à l’image de son
contenu : la route qui s’étend à l’infini dans une plaine désolée, le ciel lourd, le froid… On s’engage dans un voyage rempli de drames, de fuites désespérées, de joies dérisoires et,
surtout, de mélancolie. Que ce soit le Nebraska, le New Jersey ou la Beauce, Springsteen dépeint les errances de ses congénères à travers une galerie des portraits variés, avec une prédilection
pour les délinquants – repentants ou non – les loosers et ceux qui les côtoient ("Highway Patrolman", "State Trooper", "Atlantic City"), le tout dans l’écrin de compositions épurées au maximum.
Rappelons que l’album presque tel qu’on le trouve aujourd’hui était sensé être une simple démo préalable à l’enregistrement studio d’un disque qui aurait été plus… springsteenien, quoi.
Musicalement, l’ami Bruce se retrouve donc tout seul avec sa bite et son couteau – Pardon, son harmonica et sa guitare – et parvient à enchaîner avec brio des ballades délicieusement
désenchantées, sans jamais sombrer dans la grandiloquence, même si la cadence s'accélère de temps à autres ("Atlantic City", "Johnny 99"). Cette virée à travers des paysages arides en compagnie
des éclopés de la vie que décrit Springsteen permet de jeter un regard introspectif sur la condition humaine et l’absurdité de l’existence, mais est aussi un hymne poignant à la vie, un voyage
dans les profondeurs de la mélancolie pour mieux renaître ensuite. A ce titre, le dernier joyau que recèle l’album, le doux-amer "Reason to Believe" est un petit chef d’œuvre intemporel. Et
rien que pour ça, je pardonnerais bien une demi douzaine de Born in the USA...
Par NedLabs
-
Publié dans : Albums incontournables
-
12
-
Recommander
Lundi 19 novembre 2007
1
19
/11
/2007
14:35
Sortie 1977
Vous admettrez que pour un blog qui se permet de pasticher le titre d’un des albums piliers du Punk, la rubrique albums incontournables
manquait cruellement de représentants du genre. Toutefois, après maintes réflexions, j’ai préféré (avec un malin plaisir) délayer l’arrivée de la chronique du fameux album fluo des
Pistols dans ces lignes. Il sera donc question de Punk, mais un peu moins fluo, un peu moins sale et un peu moins crétin, puisque l’album à l’honneur aujourd’hui est le premier opus éponyme
des Clash. Pardon, DU Clash, pour les intimes, les franglophones pointilleux et autres snobs patentés. 1977, donc, année charnière, après le dynamitage musical en règle de Nevermind the Bollocks.
Plus rien ne sera jamais plus pareil. Cependant, si les Sex Pistols avaient ouvert la boîte de Pandore, tout cela manquait d’un fil conducteur, d’une base solide pour formaliser le mouvement. Les
Clash apparaissent donc comme la caution intellectuelle et la conscience politique du Punk naissant. Pourtant, il n’y a guère que les journaleux des Inrocks pour encore comparer les textes de Joe
Strummer aux écrits de Friedrich Engels… Mais qu’importe, cet esprit Working Class revendiqué les a fait passer à la postérité comme les théoriciens du genre, malgré des lyrics dont l’indigence
rivalisa plus d’une fois avec celle des pires titres des Buzzcocks. Mais la puissance du groupe est ailleurs. The Clash est un album fantastique, car sans doute un des plus cohérents du groupe. A
l’énergie brute et encore très rock n’ roll des Pistols, les Clash opposent un rock élastique qui s’acoquine volontiers avec les rythmes jamaïcains ("White Man In Hammersmith
Palais", "I Fought the Law", l’excellente reprise de "Police and Thieves"), sans pour autant renier des passages plus binaires ("White Riot", "London’s Burning"). Tous les titres prennent
l’allure de manifestes envoyés à 200 à l’heure dans une ambiance d’émeutes et de sirènes de police, bref, de joyeux bordel et de (mal)saine agitation juvénile ("Hate & War", "Career
Opportunities"). Le talent des Clash, c’est de parvenir à détourner les styles musicaux qu’ils empruntent pour y faire émerger le danger et la subversion. De la même manière que les Rolling
Stones polluaient à leurs débuts les standards de Blues en y injectant leur mauvais esprit et leur dégoulinante concupiscence, les Clash parviennent par leur simple interprétation de "Police and
Thieves" (guitares acérés et voix crétine), à faire pressentir le danger de la révolution Punk en marche, ce qui fait de cet album une oeuvre particulièrement dense, sur le fil du
rasoir et dépourvue de temps morts. Emballez tout ça dans une pochette avec au recto une photo des gaillards affichant leur trogne la plus patibulaire, et au verso
quelques Bobbies coursant des manifestants, et vous avez tout simplement l’un des cinq albums punks à posséder impérativement (pour ceux qui en doutaient encore)...
Par NedLabs
-
Publié dans : Albums incontournables
-
9
-
Recommander