Johnny Winter est albinos. Johnny Winter mesure environ 3m50. Johnny Winter souffre d’un strabisme hautement disgracieux. Johnny Winter
est affublé d’un rideau de cheveux filasses trainant jusqu’à terre ou presque, ce qui accentue sa ressemblance avec un lévrier afghan défoncé au crack. Johnny Winter à l’air de jouer ses solos de
guitare comme d’autres pointent à l’usine. Mais voilà, un jour, Johnny Winter a réuni autour de son auguste personne une bande de musiciens aussi patibulaires – voir plus – que lui, histoire
d’aller innocemment enregistrer un album. Et puis dans la foulée, hop, donner un petit live au Fillmore East. Mais là, tout s’emballe. Il est rétrospectivement raisonnable de croire que quelqu’un
met ce soir là quelque chose d’autre – et de répréhensible - dans les verres de Bloody Mary des quatre bluesophiles à poils longs. Aussi, dès le début de cet enregistrement, le batteur démarre
comme un Charlie Watts, en trombe et toutes baguettes dehors, pour introduire un titre dont on ne s’attend pas le moins du monde à ce que ce soit "Good Morning Little Schoolgirl". Et ouais, mais
bon, leur truc aux Johnny Winter And (Ah oui, parce que je vous ai pas dit mais le groupe c’est "And", pas mégalo le bonhomme) eh ben ça reste quand même le blues et le rock n’ roll. Alors qu’ils
aient bouffé des amphet’ par poignées entières avant de monter sur scène - et probablement depuis l’aube – ou pas, ce soir, ce sera du blues et du rock n’ roll. Mais un peu plus vite. Et puis
beaucoup plus fort. Et puis tiens Roger appuis un coup sur le bouton de l’ampli voir si le son il devient plus crade… Aaaahr ! Ouais, c’est bon ça Roger. Et le grand carnaval commence,
malgré un larmoyant "It’s My Own Fault" typique des travers Winterien. "Jumping Jack Flash", peut être dans sa version live qui défouraille le plus – en tous cas à des années lumière du mid-tempo
du déprimant live des Stones Get Yer Ya Ya’s Out. Mais pas le temps de respirer, on enchaîne sur un Medley dantesque qui démarre sur "Great Balls Of Fire" et "Long Tall Sally" avant que
Winter ne scotche littéralement sur "Whole Lotta Shakin’ Goin’ On", en transe et soutenu par une section rythmique toujours aussi speedée, bref, tout ça explose dans tous les sens en laissant des
bouts de solos sur les murs. Vous en voulez encore ? Allez, on accélère d’un cran sur "Mean Town Blues", composition originale de Winter pour le coup, 8:27 d’une démonstration guitaristique
qui ne renie surtout pas la saturation. Finalement se pose quand même la question de conclure un set aussi énervé, et le groupe sort la roue de secours universelle, M. Chuck Berry, en balançant
un "Johnny B Goode" certes un peu convenu, mais tout à fait à sa place ici. Tiens, en allant faire un tour sur All Music, j’ai trouvé cette chronique laconique et un poil moqueuse de
l’album : "Winter and his new band turn out hard-rock versions of "Jumpin' Jack Flash," "Johnny B. Goode," and other rock & roll favorites". J’aurais pas dit mieux. Mais moi je
mets cinq étoiles !
Et pourquoi ne pas profiter de ce que l’on parle de Neil Young pour mentionner ce live au Fillmore East datant de la même
année que After The Gold Rush, et qui s’avèrera parfaitement complémentaire dans la mesure où le groupe n’interprète aucune chanson de l’album… Ce concert constitue la première parution
de la série des Performance Series Archives, délivrées régulièrement par Neil Young depuis 2006. Je vous avais parlé il y a un certain temps dans ces lignes du concert au Massey Hall de 1971, on est ici aux antipodes de l’ambiance intimiste et acoustique de ce dernier. Crazy Horse
interprète essentiellement des titres issus de Everybody Knows This Is Nowhere qui sont à chaque fois prétextes à des jams noyées de saturation bien comme on les aime. Et même si les
soli de dix minutes bourrés de feed-back ne sont pas le domaine dans lequel Neil Young excelle (quiconque a eu la chance de voir le bonhomme en concert récemment m’approuvera), il faut bien
reconnaître que ça a quelque chose d’assez jouissif quand même… Alors c’est vrai, on est assez loin du raffinement de CSN&Y – écouter les backing vocals assez désopilantes de "Winterlong" et
"Down by The River" – mais on assiste à des envolées parfois géniales. Un bon moment de rock bien rêche.