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EP c'est tout

Dimanche 10 août 2008 7 10 /08 /2008 16:59

Sortie 2006

Un vieux nègre aux traits fatigués, vouté, clope constamment scotchée aux lèvres, avec encore dans la tête des champs de coton à perte de vue. La réputation de Junior Kimbrough n’est plus à faire, depuis que les plus grands ferrailleurs du Rock ont fait leur coming out et l’ont désigné comme une de leurs références fondamentales, Stooges en tête. L’excellent label de Blues crassouille Fat Possum Records, qui avait tardivement signé le bonhomme, nous avait offert un album hommage surprenant, sur lequel la version stoogienne de You Better Run faisait d’ailleurs pâle figure à côté de reprises hallucinantes des chansons de Kimbrough. Mais qui mieux que les poilus Black Keys pouvaient incarner ce Blues hypnotique et traînant ? Alors plutôt que de se pencher sur le dernier opus franchement faiblard et trop bien léché du duo d’Akron, on reviendra avec plaisir sur cet EP fantastique paru il y a de longs mois de ça, je veux parler de leur petite pépite déposée sur l’autel du défunt génie : Chulahoma, The Songs Of Jr Kimbrough. Les Black Keys partagent avec le maître une certaine conception du Blues, à peu près aussi éloignée de Clapton, Winter et consorts que John Lydon l’est de David Gilmour. Merde aux branleurs de pentatonique, ce Blues là naît de rythmiques lourdes et binaires et de riffs qui tournent en rond à s’en faire péter la cervelle. Les Black Keys réussissent l’exploit de reproduire cette ambiance névrosée, ces paroles et ces notes ressassées jusqu’à la fusion et qui prennent alors toute leur puissance. Ajoutez à ça le son gras typique du duo, et la formule est parfaite. Ca vrombit de tous les côtés, la batterie se met à exploser ("Keep Your Hands Off Her" et "Have Mercy On Me", étouffant à souhait, avec son orgue tout au fond), puis une petite fenêtre s’ouvre sur la lumière du jour ("Meet Me In The City"), juste de quoi laisser passer un rayon avant de replonger dans la moiteur malsaine et saturée des guitares. Un format court, six titres qui dévastent tout sur leur passage. Ca sent la rouille, le mobil home rance, le tabac froid et les fond de verres de bourbon. Un truc dément à rendre vaine toute conversation sur ce qu’est le Blues. Tout là haut, ou où qu’il soit d’ailleurs, le maître doit s’allumer une cigarette le sourire aux lèvres en écoutant tout ça.

Par NedLabs - Publié dans : EP c'est tout - Communauté : Le Monde du Rock
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