Sortie
1987
Rares sont les groupes de rock qui ont su se préserver des gimmicks kitsch en traversant les 80’s, décennie
maudite entre toutes pour les petits enfants de Chuck Berry. C’est vrai, quoi ! Mis à part les bulldozers rock n’rollesques qui continuaient à surfer sur la vaguer des années 70 (AC/DC,
Slade…), la New Wave of British Heavy Metal émergeante et quelques inclassables barrés et jamais à une incongruité près (Talking Heads, XTC…), la mode était aux couleurs dégueulis, aux
tatatoums synthétiques et aux productions toutes plus atroces les unes que les autres. Et puis chez certains, on peut quand même trouver en grattant cette croute purulente de production de
mauvais goût de sacrément bons moments de musique (The Smiths, Violent Femmes, certains bouts des Cure…). Mais s’il y a un disque qui, à lui seul, mérite que l’on réhabilite les années 80, c’est
bien le Darklands de The Jesus & Mary Chain. Deux ans après la révélation Psychcandy, les Ecossais pondent en effet l’album de rock 80’s (oxymore) parfait. Alors pourquoi
Darklands ? Eh bien, puisque l’on a souvent comparé J&MC au Velvet Underground, Darklands est un peu à Psychocandy ce que le troisième opus du Velvet (chroniqué
récemment dans ces lignes) est à son grand frère White Light / White Heat. Un recueil de titres pop tordus, calmes et désespérés, en réponse à un album précédent qui s’apparente plus à
un furieux bruit blanc de saturation. Deuxième album de la bande des frères Reid, Darklands est donc moins violent, moins froid et synthétique que son ainé, moins audible aujourd’hui.
Ici, si les échos dans le son de batterie rappellent immanquablement que nous sommes en 1987, tout le reste nous transporte dans cette dimension intemporelle et vibrante de bonnes guitares
commune à ce que le rock a connu de meilleur depuis sa genèse. Les arpèges de "Darklands" ou "Deep One Perfect Morning" qui se muent en murs d’accords à la fois violents et subtils, pour créer
des chansons pop aigres-douces parfaites. Les refrains catchy des hits immédiats "Happy When It Rains" ou "April Skies". L’immortel "Nine Million Rainy Days", ou encore "On The Wall", parfaites
chansons de désespoir. Pourtant, l’album dans son ensemble prend des teintes d’un rayon de soleil après l’averse, avec ses mélodies mi-enjouées mi-plombantes. Un album taillé pour Glasgow. Taillé
pour d’ennuyeuses après-midi pluvieuses d’avril. Et surtout un point d’ancrage incontestable pour le renouveau du rock dans cette décennie difficile, et qui va affecter durablement les groupes
qui suivront (la vague shoegazing en particulier dont My Bloody Valentine raflera tous les honneurs…). Encore aujourd’hui, on réalise facilement à l’écoute des opus suivants de J&MC
(Automatic, Honey’s Dead) à quoi des groupes comme les excellents Black Rebel Motorcycle Club ont été nourris… Darklands ? La preuve par dix que le rock a continué
à exister entre 1979 et l’instant où les Pixies l’ont réinventé en 1989. Incroyable, non?
"Rock n' Roll is the most brutal, ugly, desperate, vicious form of expression it has been my misfortune to hear"
Frank Sinatra
"I feel the same way about disco as I do about herpes"
Hunter S. Thompson
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Grand disque, grand groupe, maintenant une inspiration majeure d'une certaine scène US ( a place to bury strangers, darker my love... )