Nevermind the Blogs!

  • nev.jpg

Critico-Blog

Critico-blog
Recommandé par des Influenceurs
Dimanche 22 février 2009 7 22 /02 /2009 18:39
Sortie 1969

Bon d’accord, je l’admets, c’est un peu de mauvaise foi de faire figurer cet album dans ma liste des incontournables, en lieu et place de l’indispensable Peel Slowly & See (ou comme on voudra bien l’appeler). Mais pas totalement. D’abord parce que l’album à la banane toxique souffre à mon goût des incursions de Nico sur les platebandes de Lou Reed. Eh ouais. Autant les productions solo de la grande dame sont de petits chefs d’œuvre, le glacial Marble Index en premier lieu, autant quand elle déboule avec sa voix de walkyrie sur All Tomorrow’s Parties, on ne sait plus trop où on est. C’est comme si l’agacement de Lou Reed était tangible, lui qui veut comme il se doit pondre un disque noir, reflet de sa personnalité déviante, et qui se retrouve affublé de la nana du patron à qui il doit céder le micro et qui rend l’ensemble un peu trop tragicomique à son goût. Alors voilà, je vous parle de ce troisième album éponyme du Velvet Underground. Nico s’est fait lourder, puis c’est au tour de John Cale, éminence grise musicale de la bande. On n’est pas loin de l’ultime Loaded, point d’ancrage de la carrière solo de Lou Reed. On n’est pas loin non plus de la débâcle finale, oui, le Velvet sans Lou Reed et avec une équipe complète de remplaçants… Si le propos de cet album semble plus apaisé, il n’en est pas moins malsain que les précédents opus. Absolument dépourvu de hits, c’est un enchaînement de ballades planantes noyées dans de vilaines volutes opiacées ("Candy Says", "Jesus", "Pale Blue Eyes"), parsemé de saillies rock typiquement Loureediennes ("What Goes On", "Beginning To See The Light"). Mais attention, on a beau être en 1969, le Velvet est déjà à des années lumières de Woodstock, du Flower Power et des trips d’acide. Lou Reed interprète plus que jamais son rôle de misfit New-Yorkais ingérable qui crache son venin sur tout ce qui passe à sa portée, et transforme le temps d’une chanson tous ceux qui l’écoutent en junkies transsexuels allongés dans le caniveau, en pleine crise de manque. Déverse son poison dans des chansons en forme de vieilles seringues, évoquant dans des textes obscurs le mal être permanent, le sexe dans ses détours les plus étranges, les brumes des montées et la panique des descentes d’héroïne, le tout dans une parodie d’album pop au vitriol (noter les cœurs naïfs de Moe Tucker en décalage complet avec la voix décavée de Lou Reed). On se remémore à l’écoute de ces titres angoissants (parmi lesquels l’extraordinaire "The Murder Mystery" avec ses deux voix en stéréo) les entretiens surréalistes entre Lester Bangs et un Lou Reed avachi, incarnation suprême de la subversion sur tous les plans, patiemment occupé à détruire ce qu’il lui reste d’âme à grands coups de speed et de scotch :

« … une lampée de scotch est si petite qu’il faut la protéger comme si c’était un enfant ou je ne sais pas quoi. Je bois constamment. »
« Et quel effet ça a sur ton système nerveux ? » me suis-je enquis
« Ca le détruit ! », a-t-il répondu, rayonnant.

Et si le meilleur résumé de cet album était dans les paroles de Some Kinda Love : « Like a dirty French novel, Combines the absurd with the vulgar ». Et c’est surtout ça le Velvet, un délice sombre et poisseux.
Par NedLabs - Publié dans : Albums incontournables - Communauté : Le Monde du Rock
Ecrire un commentaire - Voir les 11 commentaires - Recommander
Retour à l'accueil
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés