The Rolling Stones - Let It Bleed

Publié le par NedLabs

let.jpgSortie 1969

Est-il possible de parler de Rock sans parler des Rolling Stones, même avec toute la mauvaise foi du monde ? Assurément non. Et ce même si l’insupportable et lippu Mick Jagger et ses sbires s’obstinent à exhiber leurs faces parcheminées d’ex(?)-junkies milliardaires, alignant depuis 1978 à peu près autant d’albums indignes qu’ils n’ont sorti auparavant de chef d’œuvres. A quelques exceptions près, il faut donc repartir dans les années 70 pour trouver les cailloux roulants au top de leur forme. Et de fait, à l’orée des 70’s, les Stones opèrent une mutation qui va les faire passer du statut de groupe à succès qui-reprend-des-classiques-de-Blues-à-la-sauce-Garage à celui de monstre sacré du Rock, annonçant les monuments Sticky Fingers et Exile on Main Street. Après le virage psychédélique rapidement avorté (1967, Their Satanic Majesties Request), les Stones durcissent en effet leur musique et leur message pour retrouver l’esprit malsain qui avait fait le succès d’Aftermath. Ca donne Beggar’s Banquet (1968), premier pas de cette transition dans lequel, sans abandonner le Blues, les Stones commencent à avoiner plus sérieusement ("Stray Cat Blues", "Parachute Woman", "Street Fighting Man"). Let it Bleed s’inscrit dans cette continuité, mais avec une révolution dans la production de l’album, qui s’entend dès l’intro de "No Shelter" : son de guitare travaillé, saturé mais pas trop, réverbération, la basse se pose en douceur en même temps que la batterie, Jagger se paye le luxe d’une choriste sur le refrain… Tout ça sent le travail en studio. Pourtant, histoire de ne pas trop nous dépayser, les Stones enchaînent avec la reprise de "Love in Vain", ballade Blues crassouille couverte par la slide-guitar larmoyante de Keith Richards, puis se font encore plus américains sur "Country Honk", version Country de "Honky Tonk Woman", comme son nom l’indique. Le nouveau son reprend le dessus avec l’incroyable "Live With Me" et son intro de basse monstrueuse (qui préfigure "Bitch") et son menaçant (!) « I got nasty habits / I take tea at three… ». Production encore une fois impeccable, sur laquelle se greffe le saxophone de Bobby Keys. Retour au Blues sur le fantastique "Midnight Rambler", dont le riff s’achève en harmoniques, et sur "You Got the Silver", dernière apparition évanescente d’un Brian Jones bientôt mort. Les Glimmer Twins s’initient au groove furieux sur "Monkey Man", dont l’intro basse-piano n’a pas pris une ride, avant la clôture de l’album avec le classique "You Can’t Always Get What You Want", où les Stones convoquent carrément une chorale, le London Bach Choir (début de la mégalomanie qu’on leur connaît ?), pour un final grandiose. Tout ça fait de Let it Bleed une pièce maîtresse de la discographie du groupe, un lien essentiel entre deux époques très différentes mais aussi indispensables l’une que l’autre.

Publié dans Albums incontournables

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NedLabs 28/12/2007 10:12

Gimme Shelter, Live with Me et Monkey Man: Trois grosses claques rock, quand même! Sinon, c'est vrai que le Blues imprègne encore énormément les Stones de l'époque. Mais j'adore... A+!Ned

Chtif 27/12/2007 14:52

Un peu trop de blues sur cet album à mon goût, je lui préfère donc Sticky Fingers.  Quoiqu'il y a "You can't always get..." , peut-être bien le plus grand moment des Stones...

baptiste 06/12/2007 15:37

salut! j'ai créé une communauté rassemblant des chroniqueurs de musiques. rejoins-nous si tu es intéressé!!

NedLabs 05/12/2007 16:16

Vas-y! Les 4 titres que j'ai mis en écoute sur mon lecteur Deezer ne sont pas sur Forty Licks, et font à mon avis partie des meilleurs de l'album... A+!Ned

SysTooL 05/12/2007 14:50

Il va falloir que j'écoute un peu plus ce "Let it bleed"... car finalement je connais surtout les titres qui sont sur "40 licks"...SysTooL